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Des obsèques low cost
pour les fauchés
Publié le 29/10/2012
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reportage
enterrement
obsèques
morts de la rue
dignité

A la Toussaint, on parle de la mort en face. L’occasion de mettre un coup de projecteur sur l’aide sociale originale proposée par la banque humanitaire du Pallet (44) : un coup de pouce financier pour payer des sépultures décentes. L’occasion aussi de relever les efforts de certaines entreprises de pompes funèbres en direction des personnes précaires.



Des associations et des entreprises de pompes funèbres tentent d'apporter de nouvelles réponses pour les obsèques des personnes précaires (photos : archives LCS A. Penna).

Les personnes pauvres meurent souvent comme elles ont vécu. Sans fleurs ni couronnes. Et elles se font parfois avoir jusque dans leur tombe. Jean-Marie Roussière, de la Banque humanitaire du Pallet (44), dit en avoir pris conscience quand des personnes en difficulté lui ont demandé de l’aide pour régler une facture salée « de pompes funèbres pas très claires ». Le genre d’histoire qui, quand on pleure un proche,  rajoute encore du souci à la tristesse. « Ça s’est terminé en justice », se souvient le président de la Banque humanitaire du Pallet.

Une aide financière pour les obsèques

Son association, qui se qualifie de « grossiste humanitaire », a donc mis à disposition des familles précaires un service juridique bénévole : pour analyser les bons de commandes des Pompes funèbres, démêler l’obligatoire du facultatif. La Banque humanitaire du Pallet a aussi décidé que puisqu’elle avait pour vocation d’aider les gens à vivre dignement et que la mort faisait partie de la vie, elle pouvait verser des aides financières pour les obsèques (d’un montant de 500 à 1000 euros). Cette structure est même l’une des rares à le faire, en contact avec le réseau local de plus de soixante CCAS. Et si elle n’a reçu que quelques dossiers de demandes depuis le lancement de l’opération à la rentrée, le message risque de se répandre dans les cimetières.



En effet, avec plus de 8 millions de français qui vivent avec moins de 900 euros par mois, sachant que le « panier funéraire moyen » est de 3500 euros, combien de personnes ne peuvent se permettre des obsèques dignes ? De plus en plus, assurément. L’aide de la Banque humanitaire du Pallet réduit la facture, mais ne suffit pas à la payer. L’association caritative a aussi passé en septembre un accord avec l’entreprise de pompes funèbres basée en Loire-Atlantique Dominique Arnaud, avec qui elle avait déjà travaillé et prête à jouer le jeu sur les devis.

Pour moins de 2000 euros, sa prestation “sociale” comprend le minimum légal, c’est à dire le cercueil et l’accès au cimetière (et à l’église en option) avec porteurs. Plus l’accès gratuit à une chambre funéraire.

Des pompes funèbres humaines ?

« Il faut absolument changer l’image de pompes à fric qui colle aux pompes funèbres», assure Dominique Arnaud, directeur général de cette affaire familiale. Si son entreprise marche bien (5 agences, 17 salariés et 26 intérimaires, 4ème sur 70 en Loire-Atlantique en terme de nombre de familles), il  assure que depuis 24 ans, c’est avant tout l’accompagnement des gens qui le guide : « Quand ils sont en difficulté, il faut les aider. Question d’humanité. » Peut être, mais si la banque, les assureurs et les pompes funèbres sont mis par le public dans le même sac, c’est bien que certains sont sans scrupule. Dominique Arnaud le reconnaît : « Il y a ceux qui vendent le produit, et ceux qui vendent le service ».



Démarche solidaire ou commerciale ?

C’est vrai qu’en cette période de chrysanthèmes, les publicités commerciales pour des produits mortuaires fleurissent sur la toile. Il y a par exemple cette entreprise de Pompes funèbres vendéenne qui propose de remplacer les pierres tombales par des fers tombaux, aux formes et aux peintures très personnalisées, avec des fleurs ou un coucher de soleil sérigraphiés. De quoi se faire une marge. Il y a cette entreprise qui propose de la transmission vidéo de cérémonies funéraires pour permettre à ceux qui ne peuvent pas se déplacer. Ça peut être utile mais là aussi, ça se paie.

Alors forcément, quand on reçoit dans la foulée le communiqué du Choix funéraire – une marque de “commerces associés” dont le siège est en Bretagne - sur son « offre low cost écoplus funéraire et indigent », on se demande si là encore c’est un coup commercial ou une démarche vraiment solidaire ? La prestation low cost écoplus, qui doit bientôt être proposée dans une centaine de magasins low cost en France : c’est 1250 euros pour des obsèques tout à fait complètes, promet-on. Et l’offre solidaire indigent, destinée aux mairies et CCAS, doit leur permettre « à un prix très inférieur à celui du marché », « d’inhumer décemment toutes personnes sans ressources sur leur commune. »



« Ce n’est pas une démarche commerciale one shot mais bien une philosophie »,
assure Philippe Martineau, directeur général du Choix funéraire, qui parle de « démocratisation ». Par ailleurs élu d’une commune bretonne, il se dit sensible « à cette demande plutôt urbaine et périurbaine de gens paupérisés qui ont du mal à dire qu’ils n’ont pas les moyens ». Les magasins low cost se veulent respectueux et cocoon, ouvert à tous même aux riches. « Oui, on est et on reste des commerçants, mais c’est faire notre métier que de répondre aux évolutions sociétales », confie-t-il, apparemment sincère. Dominique Arnaud, qui fait partie de ces commerçants associés du Choix funéraire, insiste sur la « démarche de transparence » de cette « marque » qui cherche elle aussi à redorer la réputation des Pompes funèbres.

Les associations œuvrant pour l’enterrement digne des personnes précaires et notamment ceux qu’on appelle « les morts de la rue » vont peut être pouvoir trouver plus facilement des interlocuteurs compréhensifs. Et les pauvres avoir des fleurs ou des couronnes.

Armandine Penna

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