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Rennes veut répartir ses migrants
dans d'autres départements
Publié le 19/11/2012
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La date exacte n'est pas connue. Mais c'est désormais une certitude : le squat de Pacé, en banlieue rennaise, sera évacué dans « quelques jours ». Que faire de ses 250 occupants ? Le préfet de Bretagne et d'Ille-et-Vilaine, Michel Cadot, a expliqué, lors d'une conférence de presse vendredi, que ces personnes seraient mises à l’abri. Mais pas forcément sur place. Les militants s'indignent, les gestionnaires s’inquiètent.



Le préfet Michel Cadot, entouré à droite de Jacques Parodi (DDCSPP) et à gauche de Claude Fleutiaux (secrétaire général de la préfecture) n'a pas convaincu les associations sur sa capacité à faire face au problème de l'hébergement d'urgence (Photo D. Prochasson).

Que faut-il retenir des mesures proposées vendredi par le préfet ? Jean-Georges Kergosien, représentant de la Fnars 35 à la réunion avec les services de l’État est très claire : « Pour moi, il n’en ressort rien de manière précise. On a entendu des principes généraux, une bonne volonté de collaboration avec les associations. Mais j’ai l’impression qu’on est des enfants à qui on agite un hochet pour nous contenter. » Devant la presse, vendredi, le préfet n’a pas fait preuve d’une grande précision dans ses propos. Il s’est essentiellement expliqué sur l’expulsion du squat de Pacé.

La situation à Pacé

La maison de retraite désaffectée, qui abrite depuis six mois près de 250 personnes, devrait être évacuée dans les prochains jours. Vendredi après-midi, son propriétaire, la SA HLM Les Foyers, a demandé le concours de la force publique à la préfecture, en application d'une décision de justice. Le préfet Michel Cadot l'accordera. Quand? « C'est une question de jours », indique-t-il, sans davantage préciser le calendrier. La société HLM prévoit de rénover les lieux pour créer un foyer pour personnes âgées et aménager une cinquantaine de places d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada).

« Humanité » pour le préfet

Avant de mettre en œuvre l'évacuation du squat de Pacé, la préfecture veut rechercher « des moyens suffisants et adaptés » pour traiter ces personnes « dans le respect et avec humanité ». Michel Cadot l'assure : « Il y aura pour ces personnes des solutions d'hébergement, de relogement ou de mise à l'abri. » Mais pas forcément sur place. En s'appuyant sur la « solidarité nationale » et l'aide « des services ministériels », Michel Cadot veut travailler ces prochains jours à la recherche de solutions dans d'autres départements. Il ne dit pas si cette coopération se limitera au territoire breton ou non. Ni comment les autres départements, dont les capacités d'accueil sont également saturés, vont-ils pouvoir prendre en charge les migrants rennais.

« Inhumanité » pour les militants

Chez les militants, la pilule passe mal. « C'est inhumain et inacceptable d'envoyer des personnes dans d'autres départements alors que leurs enfants sont scolarisés ici », s'indigne un membre de la Cimade. Le préfet n'a pas la même lecture : il enjoint les familles à ne pas faire la fine bouche. « On ne peut pas exiger d'être hébergé à tel ou tel endroit. Il y a des familles françaises dans des situations précaires et qui ont, elles aussi, des difficultés à trouver un logement. »

Sans papiers, demandeurs d’asile, même combat ?

Le préfet ne précise pas explicitement qui sera relogé ni comment. « Les situations seront étudiées quels que soient le statut des gens », dit-il en même temps qu’il précise : Ça dépendra de la situation de chaque famille, on priorisera les plus vulnérables. » Que faut-il en conclure ? Selon Jean-Georges Kergosien, jusqu’à présent, « le préfet a toujours différencié ceux qui relèvent du processus classique de la demande d’asile, les déboutés et les célibataires ».

Pour être très clair, les sans papiers ne devraient pas être présents lors de l’expulsion. Et n’auront certainement aucune solution. Les déboutés du droit d’asile, eux, pourraient se voir proposer quelques nuits à l’hôtel. Et les solutions dans d’autres départements ne devraient concerner que les demandeurs d’asile. « La règle au niveau des Cada, c’est que l’attribution d’une place se fait au niveau national », précise Jean-Georges Kergosien.

Des places en Cada

Quels moyens pour accueillir les demandeurs d’asile « statutaires » ? « La préfecture a obtenu l’assurance d’une aide de la part du ministère de l’Intérieur », explique Claude Fleutiaux, secrétaire général de la préfecture. Pour désengorger les dispositifs de droit commun, la préfecture veut accroître la part des demandeurs d'asile pris en charge par les Cada. Elle devrait répondre à un appel à projets du ministère de l'Intérieur qui prévoit la création en France de 1000 places de Cada dès le 1er juillet 2013. Ces nouvelles mesures devraient ainsi s'ajouter aux 590 places d'hébergement dédiées aux demandeurs d'asile et réfugiés dans le département.

La bataille des chiffres

Et pour les autres ? Qu’en est-il des nombreux migrants, qui dans leur majorité, sont soient déboutés du droit d’asile, soient tout simplement sans papier ? Ces personnes répondent, au nom de l’inconditionnalité de l’accueil, de l’hébergement d’urgence de droit commun. L'Ille-et-Vilaine a obtenu 256 000€ de dotations supplémentaires. À quoi doivent-ils servir? « Ils viennent renforcer les moyens du 115 et conforter le plan hivernal », détaille Jacques Parodi, directeur de la DDCSPP. Au total, 174 places d'hébergement d'urgence permanentes ont été ouvertes en 2012, soit trois places de plus qu'en 2011. A cela s’ajoute les 71 places supplémentaires du plan hivernal, qui a débuté le 1er novembre et s'achève le 31 mars. Une centaine d'autres si les températures atteignent les niveaux 2 et 3 dits de « grand froid » et de « froid extrême ».

Des mesures insuffisantes

Cela suffira-t-il à mettre à l’abri les personnes à la rue ? Les associations n’y croient pas. En moyenne, en octobre, le 115 a refusé 83% des demandes d'hébergement. Qu’en sera-t-il lorsque les 400 personnes qui occupent aujourd’hui un squat à Rennes auront été expulsées ? « On va au devant d’une augmentation des difficultés », prédit Jean-Georges Kergosien à la Fnars.

David Prochasson

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