S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
En Vendée, le travail d’intérêt collectif finance la mobilité
Publié le 03/12/2012
partage

tags
reportage
insertion
Vendée
mobilité
Permis de conduire

En échange de 60 heures de travail au sein d'associations ou de collectivités, 72 jeunes vendéens ont bénéficié, depuis 2010, du financement intégral de leur permis de conduire. Un moyen, pour le Département, d’agir sur la mobilité pour favoriser l’insertion économique. L’action sera reconduite en 2013.



Grâce à l'obtention de son permis de conduire et à son financement par le Conseil général, Teddy, 21 ans, a pu intégrer une formation dans le bâtiment (photo D. Prochasson).

Les mauvaises langues pourraient croire à un jeu d’acteur tellement la mise en scène est parfaite. Autour de la table, cinq jeunes prennent la parole tour à tour. Pas une fausse note : chacun loue la générosité du Département. Mieux : les uns après les autres, ils déclarent qu’ils auraient volontiers donné plus de temps pour la collectivité.

En trois ans, le Département a permis à 72 jeunes, âgés de 18 à 25 ans, d’obtenir une formation au permis de conduire sans débourser un centime. En échange, chacun d’entre eux devait réaliser 60 heures de « travail d’intérêt collectif ».

Un objectif : permettre l’insertion professionnelle d’une catégorie d’âge défavorisée. « En Vendée, les moins de 25 ans représentent 17% des demandeurs d’emploi, souligne Gérard Villette, président de la commission solidarité du Conseil général. 3000 jeunes sont sortis du système scolaire sans diplômes ni qualifications. »

Une réponse en territoire rural

Dans des territoires souvent dépourvus de transports en commun adaptés, l’obtention du permis de conduire est une condition sine qua non pour trouver du boulot. Avec le concours de l’association Anper (Agence nationale pour la promotion et l’éducation routière), les jeunes ont bénéficié d’une formation complète de 185 heures agrémentées d’un volet sur la prévention des conduites à risques ou sur l’éco-conduite. Coût moyen de la formation : 2000€.

Au préalable, les jeunes ont réalisé une mission de deux semaines au sein d’associations comme le Secours catholique ou dans des établissements publics comme l’office de tourisme de Notre-Dame de Monts. Encadrée par un tuteur, la mission fait l’objet d’une convention signée entre la structure d’accueil, le Département et la mission locale, chargée d’orienter les jeunes vers le dispositif.

Responsabiliser

Pourquoi demander cette contrepartie ? D’abord pour responsabiliser les jeunes. « On ne veut pas que les gens profitent du système », explique Jacqueline Roy, vice-présidente du Conseil général. Avec ce dispositif, la Vendée reste fidèle à sa philosophie : « On fait pareil avec le RSA. On propose une aide pour réparer la voiture si la personne a un engagement en CDD. »

Mais au-delà d’une question d’ordre purement moral, imposer un travail d’intérêt collectif est aussi un levier d’insertion professionnel. « Je ne veux pas retrouver ces jeunes au RSA dans quelques années, souligne Jacqueline Roy. Ces missions mettent les jeunes en contact avec des gens qui s’investissent. C’est un moyen pour eux de mettre un pied dans la vie active. » Gérard Villette poursuit : « Un jeune qui ne travaille pas se lève tard, n’a pas d’horaires précis. Quand on est hors du travail, on se laisse vite aller. »

Sur l’ensemble des 72 jeunes retenus pour intégrer le dispositif, 59 d’entre eux ont obtenu leur permis de conduire, soit un taux de réussite de 81%. Teddy, 21 ans, fait partie de ces jeunes vendéens pour qui le dispositif a changé la vie. Pendant deux semaines, il a taillé les haies et les massifs de Saint-Jean de Monts pour le compte de la Ville. L’été dernier, permis en poche, il a financé la voiture grâce à un nouveau contrat -un CDD cette fois, au sein de la commune. Cette nouvelle mobilité lui a permis d’intégrer une formation dans le bâtiment, à 30 minutes de chez lui. Et de repartir de l’avant : « J’avais perdu confiance ça m’a redonné la gnak. »  

David Prochasson