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Handicapés, ils racontent
leur sexualité sans tabou
Publié le 11/03/2013
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entretien
handicap
sexualité
Assistance sexuelle
Choisir sa vie

Originaires d’Aubagne, de Dijon et de Grenoble, trois personnes handicapées ont accepté pour Le Canard Social de raconter la manière dont ils vivent leur sexualité et leur vie affective. Entre la difficulté de rencontrer des partenaires, les préjugés qu’inspirent le handicap et la nécessité de mieux connaître leur corps, ils témoignent.  



« Les tabous sur la sexualité des handicapés nous déshumanisent »


Laëtitia Rebord, 30 ans
est atteinte d’une amyotrophie spinale, qui l’empêche de bouger autre chose que les muscles du visage et un pouce de la main gauche. Pour cette Grenobloise, avoir recours à l'assistance sexuelle l'aiderait à construire sa vie affective.

« Je n’ai jamais eu de relation sexuelle. J’ai fait des rencontres sur internet, mais je n'ai pas eu de très bonnes expériences. Avec certains, je sentais trop la relation malsaine, le côté “Je veux me faire une handicapée”. D’autres mettaient fin à la conversation quand je leur parlais de mon handicap. Il y a beaucoup de préjugés sur la vie, supposée difficile, avec une personne handicapée. Beaucoup pense qu’on ne peut pas avoir de relations ni d’envies sexuelles. Ça inspire même du dégoût chez certains : parce que les personnes handicapées sont infantilisées, on ne peut donc pas les assimiler au sexe. Ces tabous autour de la sexualité des personnes handicapées, le fait de considérer qu'elles ne peuvent pas avoir de relations, nous déshumanisent. »

« Je recherche avant tout une vie affective, mais en même temps, j'aimerais avoir des relations sexuelles. Aujourd’hui, je manque de confiance en moi. J’ai du mal à me réapproprier mon corps, touché par de nombreuses mains médicales. Je me suis renseignée pour avoir recours à la prostitution. J'ai eu des réponses négatives : les escort boys, que j'ai contactés via internet, ne voulaient pas. Et sur l’idée de contacter un assistant sexuel, je m’interroge, notamment parce que ces personnes doivent avoir une grande maturité et donc un certain âge, ce qui ne me convient pas. Mais je sais qu’avoir recours à un assistant sexuel me permettrait de me sentir femme, de me sentir belle et de retrouver de l’estime. Je le vois comme une étape pour m’aider à construire ma vie affective. »

« Quant à utiliser des sextoys pour m’aider à connaître mon corps, rien n'est fait pour la grande dépendance physique. Et mon handicap ne me le permet pas. »

« Sur 10 appels à des escort girls, j'ai une moyenne de 7 à 8 refus »

Ex-musicien, Charly Valenza, atteint de la maladie des os de verre, milite pour la création d’un service d’assistant sexuel au sein de l’association Choisir sa vie, dont il est président, à Aubagne (Provence). À 50 ans, il a eu recours à des assistantes sexuelles comme à des prostituées.

« Sur le plan sexuel, je n’ai pas de problème mais je suis atteint de la maladie des os de verre et j’ai un physique, de par ma taille d’1m10, loin d’être dans les normes. À 19 ans, j’ai eu une relation avec une femme, membre du personnel du CAT (centre d’aide par le travail) où je vivais. Ça a tout débloqué, elle m’a donné confiance. Pendant six mois, on a vécu une relation torride. J’étais plutôt réservé avant et c’est grâce à elle que je suis encore vivant aujourd’hui. J’ai compris qu’on pouvait être handicapé et vivre parmi les personnes valides. » 

« Et à partir de mes 30 ans, mon charme s’est rompu. J’ai vécu dix ans d’abstinence avec des difficultés à rencontrer des femmes intéressées : le handicap est un repoussoir. Aujourd’hui, l’évolution de la maladie fait que je me déplace en fauteuil électrique. Et même si mon sexe répond normalement, j’ai des douleurs dans les mains qui font que je peux de moins en moins me masturber. J’ai cherché à m’orienter vers des sextoys mais là encore, il faut avoir deux mains agiles pour s’en servir. »

« L’assistance sexuelle, j’y ai eu recours deux fois dans ma vie. Quand on a travaillé sur le projet de création d’un service d’assistance sexuelle, on a beaucoup discuté et débattu avec une femme qui avait suivi une formation d’assistante sexuelle en Suisse. Elle nous a proposé ses services pour nous montrer ce qu’elle pouvait faire : j’ai été le premier à essayer. La seconde fois, toujours avec elle, c’était pour un reportage d’une journaliste de RFI. On lui a montré avec des caresses ce que c’est : on est parti dans un fou rire, c’était une scène surréaliste. Après, j’ai arrêté parce que, pour pas tomber sous le coup de la loi, elle ne se faisait pas payer, ce qui ne me convenait pas. »

« Depuis trois ans, une à deux fois par an, j’appelle des escort girls. Sur 10 appels, j’ai une moyenne de 7 à 8 refus liés à mon handicap. Une des première escort que j’ai rencontré, on passait beaucoup de temps à rire, on s’entendait très bien. Et un jour, elle a voulu me faire payer seulement 50€ de l’heure au lieu de 150 puis elle a voulu que la prestation devienne gratuite parce que je n’avais pas beaucoup d’argent. Je n’ai pas pu, de peur d’un dérapage, qu’elle tombe amoureuse. Je ne veux pas de pitié, soit je suis un client à part entière, soit je ne suis pas client. »

« J’espérais rencontrer la femme de ma vie avant mes 40 ans parce que les médecins pronostiquaient une évolution de la maladie à partir de cet âge. Aujourd’hui, je ne veux pas la faire subir à la femme que j’aime. Si demain, j’ai l’opportunité de rencontrer quelqu’un qui s’intéresse à moi, pourquoi pas, si ça peut coller. Mais au fond de moi, je l’exclus. Je ne crois pas aux contes de fées. »

« Mon plus gros handicap, c'est le regard des autres »

Originaire de Dijon (Côte d’or), Laetitia Petitjean, 24 ans, est atteinte d’arthrogrypose, un syndrome qui touche les articulations. Elle a vécu des expériences heureuses et malheureuses qui lui ont permis de se sentir incluse dans la société.

« Je ne suis pas paralysée mais mes mouvements sont très limités au niveau des jambes, des hanches et du bassin. J’ai appris à vivre avec. Mon plus gros handicap, aujourd’hui, c’est le regard des autres, le fait qu’ils peuvent être freinés. Le handicap, il vaut mieux en rire, manier l’auto-dérision pour vivre des moments de complicité. Après, si la personne en face est gênée, il n’y a rien à faire. »

« J’ai connu certains partenaires qui avaient un côté paternel, qui se voulaient protecteur. Ceux-là, ils perdent dix points d’un coup. Je ne supporte pas cette notion de hiérarchie physique. La sexualité, ce n’est pas ça, c’est un échange. »

« J’ai vécu pendant un an et demi avec quelqu’un. Puis je suis tombée amoureuse d’un homme. II n’était pas à 100% valide, tout nous réunissait mais il se posait beaucoup de questions, avait peur que je ne puisse pas m’occuper de lui. C’était la première fois qu’on me renvoyait mon handicap à la gueule. Peut-être est-ce moi qui n’ait pas su faire en sorte qu’il passe au-dessus de mon handicap ? Mais je me dis, malgré tout, que j’ai vécu ce que chacun peut vivre : un chagrin d’amour. »

« J’ai fait aussi des rencontres sur internet. Les deux dernières m’ont un peu vaccinée. Un premier partenaire a prétexté le besoin de faire une course pour partir : il n’est jamais revenu. Un second partenaire a eu un blocage pendant l’acte. »

« Je sais que le chemin sera plus long pour moi : il faut que j’arrive à prouver mon indépendance dans ma dépendance. Cela implique que je me sente bien dans ma peau. Et les expériences heureuses ou malheureuses sont toujours enrichissantes. Je me sens incluse dans la société. »

« Pour ces raisons, je n’ai jamais fait appel à un assistant sexuel. Mais on ne peut pas interdire aux autres d’avoir accès à ce droit. Ce n’est pas du sexe pur et dur, c’est une découverte de soi, avec beaucoup de sensualité et de tendresse. Et si demain, j’en ai marre de tomber sur des hommes qui n’ont pas cette tendresse, oui, j’aimerais faire appel à un assistant sexuel. On ne peut pas se permettre de juger, je trouve hallucinant de parler à la place des personnes handicapées. »

Propos recueillis par David Prochasson

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