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Où en est la socio-esthétique ?
Publié le 11/04/2013
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L’association CODES, (COurs D’ESthétique à option humanitaire et sociale) organise le 15 avril à Paris son deuxième colloque national consacré à la socio-esthétique. Une occasion de revenir sur les enjeux dont sont porteurs cette pratique originale qui se développe de plus en plus dans le secteur médico-social. Entretien avec Marie-Aude Torres Maguedano, directrice du CODES. 



Marie-Aude Torres Maguedano est directrice de l'association CODES, centre de formation à la socio-esthétique à visée humanitaire et sociale (photo : Codes)

Le Canard Social : Quelle définition pouvez-vous donner de la socio-esthétique ?

Marie-Aude Torres Maguedano : Ce n’est pas que de l’esthétique, mais bien la prise en charge d’un corps fragilisé dans le cadre d’un travail global mené par une équipe pluridisciplinaire dans le cadre d’un accompagnement médico-social. Tous les mots sont importants. L’autre point essentiel est que la prise en charge doit s’inscrire dans la durée. Le travail effectué à la Maison des femmes du Samu social à Paris, par exemple, se décline depuis cinq ans à raison d’une après-midi par semaine. Ce n’est que sur la durée qu’on voit se produire de vrais effets.

Le Canard Social : Auprès de quels publics la socio-esthétique est-elle selon vous la plus adaptée ?

Marie-Aude Torres Maguedano : Il n’y a pas de public spécifique, les cibles peuvent être très variées…. Des interventions sont même aujourd’hui organisées au sein de certains lycées professionnels pour travailler avec les adolescents sur leur rapport à l’uniforme de travail.

En revanche, il est possible d’évaluer les bénéfices de la socio-esthétique selon les publics. La recherche d’un certain bien-être est le premier objectif de notre pratique et il s’applique à tous. C’est ainsi le cas quand on intervient en CHRS auprès de personnes qui ont dormi dehors pendant plusieurs nuits. Mais dans le domaine médico-social, c’est particulièrement le travail sur l’estime de soi et les apports en termes de resocialisation qui sont centraux.

Le travail réalisé auprès des personnes handicapées répond également à ce dernier objectif : le travail sur le corps  est une façon de leur donner une pleine place dans la société, de les aider aussi à retrouver leur virilité ou leur féminité. D’une manière générale, s’occuper de soi, c’est un moyen de se reconstruire.

Le Canard Social : Trente cinq ans après la création du CODES, la socio-esthétique souffre-t-elle encore d’un manque de reconnaissance ?

Marie-Aude Torres Maguedano : Nous avons beaucoup avancé en terme de professionnalisation du secteur, avec notamment la reconnaissance en 1984 d’un diplôme d’état (DE) certifié en 2007  par le RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles). Aujourd’hui environ 1300 personnes sont formées par le CODES à cette pratique spécifique.

Si la socio-esthétique a été portée au départ par quelques médecins, la problématique du corps est désormais un sujet central pour ceux qui interviennent auprès des personnes fragiles car ils reconnaissent que la mise en place de stratégies d’insertion seules ne suffit pas…

C’est un sujet qui intéresse aussi les universitaires, sociologues ou philosophes, qui cherchent aujourd’hui à analyser les apports d’une telle approche. Or pourquoi ça marche ? Est-ce parce ce qu’on revient à quelque chose d’ancestral ? ou est-ce parce que notre société devient de plus en plus individualiste ? Sûrement un peu les deux choses à la fois.

Le Canard Social : En même temps,  la socio-esthétique n’est-elle pas un peu victime de son succès, avec le développement de démarches plus ou moins centrées sur le soin du corps et de l’esprit? 

Marie-Aude Torres Maguedano : c’est vrai qu’on voit de plus en plus apparaître des spécialistes en estime de soi, des coachs, etc. dont le sérieux n’est pas toujours prouvé. Or il faut faire bien attention, toucher quelqu’un en souffrance physique ou psychologique n’est pas anodin.

Il est donc important de redire qu’il s’agit bien d’une profession réglementée et qu’il est interdit de la pratiquer sans un DE. Quant aux ateliers esthétiques bénévoles qui se créent dans les hôpitaux ou les expériences de coiffeurs sociaux… Ils ne constituent qu’un maillon de la chaine. Ils doivent travailler auprès des professionnels, mais pas les remplacer.

Propos recueillis par Frédérique Letourneux 

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