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Jean-François Fribault : « On a toujours ramé avec l’exclusion »
Publié le 25/04/2013
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exclusion
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Abri de la Providence
Fribault

Il est l’une des figures du secteur de l’exclusion en Maine-et-Loire. Président de la Fnars Pays de la Loire de 1999 à 2004, chef de service puis directeur de l’Abri de la Providence à Angers depuis 1980, Jean-François Fribault a toujours défendu la cause des plus fragiles. À quelques jours de la retraite, il livre son regard sur l’état de santé du secteur et les défis qu’il devra relever.



Directeur de l'Abri de la Providence depuis 1990, Jean-François Fribault part en retraite à la fin du mois (photo D. Prochasson).

Le retour d’un discours sur les pauvres

Confiture. « On a toujours ramé avec l’exclusion parce que la rue rend mal à l’aise, elle fait peur. Il y a 30 ans, l’urgence était taboue, c’était un créneau occupé par le monde caritatif. Dès le début, L’Abri de la Providence a essayé d’offrir un accueil correct à ces populations. Ce qui n’était pas très populaire : on nous a beaucoup reproché de trop bien accueillir, de donner en quelque sorte de “la confiture à des cochons”. » 

Suspicion. « Depuis quelques années, on réentend ce discours, on retombe dans la suspicion envers les pauvres. “Pour ces gens-là, il ne faut pas trop en faire” : “c’est bien d’avoir des valeurs, mais vous attirez les migrants”, nous dit-on parfois à Angers. Ce qui est faux : en 2000-2001, lorsqu’il y a eu un rythme soutenu d’arrivée de migrants, il n’y avait rien à Angers qui puisse les attirer. C’est pareil lorsqu’on parle de créer une halte de nuit, il faut qu’elle soit minimaliste. C’est une erreur : il est plus facile d’être ferme avec les gens lorsqu’ils sont bien accueillis. Et de la qualité de l’accueil dépend l’accrochage de la personne et ensuite son insertion. »


Les droits au détriment du lien

Ruptures. « La grosse demande des personnes à la rue, c’est d’avoir du lien social. Aujourd’hui, on refuse de voir cette réalité. L’un des points communs, bien souvent, des personnes en errance, c’est d’avoir connu des ruptures successives. Or, on préfère toujours situer le problème de l’errance sur le manque d’emploi et de logement. L’Abri s’est battu pour sortir de cette image. Mais aujourd’hui, on est de plus en plus en difficulté pour répondre à ces attentes de lien social qu’ont les personnes. » 

Paperasse. « Ce qui compte désormais, c’est la mise en place des droits. Les travailleurs sociaux sont englués dans la paperasse. On est devenu les champions des procédures, tout est sur la forme et non sur le fond. Est-ce qu’aujourd’hui le travail social répond aux attentes des usagers ? Pas vraiment. Pour répondre à leurs attentes, il faudrait plus de temps. Car la mise en place des droits, ce n’est que le haut de l’iceberg. »


Les défis d’avenir à relever

Urgence. « Le problème aujourd’hui, c’est qu’on ne sort pas des dispositifs d’urgence. Le droit commun a de plus en plus de mal à intégrer les publics. Il faut pour cela améliorer la fluidité entre les dispositifs d’urgence et d’insertion. Il faut également inventer des dispositifs pour permettre une plus grande diversité de l’offre d’insertion. L’urgence, on peut toujours améliorer, mais si les sorties se font au compte goutte, on ne va pas s’en sortir. »

Collaboration. « Le bon côté des crises, c’est qu’elles nous obligent à nous réinterroger. Au Pôle migrants par exemple, politiquement, c’est un secteur hyper sensible. Les changements de réglementation sont incessants et les missions des plateformes de plus en plus restreintes. Face à cela, il faut qu’on travaille mieux avec d’autres secteurs, la santé, les associations caritatives par exemple, pour que d’autres fassent ce qu’on ne peut plus faire. »

Association. « Aujourd’hui, les associations se sont tellement professionnalisées qu’elles se sont coupées des citoyens. Il faut qu’elles communiquent mieux, pour que l’usager et le grand public comprennent ce qu’elles font. Il faut aussi qu’elles se remobilisent. Beaucoup de structures ont perdu le fil : il n’y a plus grand monde dans les conseils d’administration, les directeurs prennent le pouvoir. Les associations doivent réactiver les instances avec des salariés, des bénévoles et des administrateurs. Il faut enfin qu’elles se battent contre le système des appels à projet qui excitent les rivalités. Si on est capable de se fédérer, on sera plus costaud. »

Propos recueillis par David Prochasson

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