S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
Alcool, médicaments et vieillesse : vers une prise de conscience ?
Publié le 14/05/2013
partage

tags
entretien
dépendance
alcool
Vieillesse
Addiction
Resaad

Méconnus, les problèmes d’addiction chez les personnes âgées sont pourtant bien réels. Au Mans, une conférence organisée par le Réseau sarthois des addictions (Resaad 72) veut initier la réflexion entre professionnels de l’addictologie et de la vieillesse, deux mondes qui se méconnaissent. Sa directrice, Hélène Pigeon, explique l’enjeu d’une meilleure prise en charge de la problématique.



Hélène Pigeon est directrice du Réseau sarthois des addictions. Pour elle, les enjeux de la dépendance sont clairement différents chez les personnes âgées ou chez les jeunes (photos Resaad 72).

Le Canard Social : Que représentent les phénomènes addictifs chez les personnes âgées ?

Hélène Pigeon : Bien qu’ils ne concernent qu’une minorité de la population en établissement, les problèmes d’addiction apparaissent avec le vieillissement de la population. Les données épidémiologiques s’arrêtent à 65 ans. On n’a donc pas de chiffres pour les mesurer. On sait toutefois que deux tiers des personnes âgées qui connaissent des problèmes avec l’alcool avaient déjà une dépendance avant 65 ans. Les autres l’ont développé dans le vieillissement en raison par exemple d’un veuvage.

LCS : L’alcool est-il le principal produit consommé en établissement ?

Hélène Pigeon : Il arrive effectivement en premier, devant la consommation de médicaments. Toutes les personnes en institution sont sous médicaments, qu’il s’agisse de somnifères, d’anti-dépresseurs ou d’anxiolytiques Si les deux sont associés, ils peuvent créer des troubles importants.

On rencontre aussi, dans les établissements, des addictions liées au jeu, une activité socialisante qui peut se développer en vieillissant. Le tabac, lui, est moins important, notamment depuis que la consommation est interdite au sein des établissements. En revanche, concernant le cannabis, parce que les fumeurs vont vieillir, il va falloir lancer une réflexion sur le sujet dans les années à venir.

LCS : Pourquoi faut-il s’inquiéter des problèmes d’addictions chez les personnes âgées ?

Hélène Pigeon : On ne fait pas forcément le lien entre vieillesse et addiction : ces problèmes sont moins visibles chez les personnes âgées parce qu’elles ont tendance à sous-estimer leur consommation et que contrairement aux jeunes dont l’alcoolisation est massive, en soirée, celle des personnes âgées est quotidienne. Mais le sujet mérite qu’on s’y intéresse. Les chutes et les problèmes de mémoire sont souvent associés à la vieillesse alors que la cause peut être liée à des problèmes d’addiction.

LCS : Les enjeux de la dépendance sont-ils les mêmes auprès d’un public vieillissant que d’un public jeune ?

Hélène Pigeon : Les objectifs sont différents. Autant chez les jeunes adultes, on préconise l’abstinence parce qu’il faut augmenter l’espérance de vie. Autant chez les personnes âgées, on cherche à réduire les risques pour leur permettre de mieux vivre. Car, si l’alcool n’est pas anodin, quelque soit l’âge, il pose moins de problèmes, judiciaires ou sociaux par exemple, à 70 ans qu’à 30 ans. Il faut le prendre en compte et ne pas appliquer bêtement un protocole. 

LCS : L’alcool est aussi un plaisir pour des personnes âgées qui n’en ont parfois plus beaucoup…

Hélène Pigeon : Oui. On est d’accord. L’alcool est dangereux pour la santé mais c’est aussi bien de pouvoir boire de temps en temps et les personnes en ont le droit. Pour cela, il faut savoir organiser l’alcoolisation et proposer un cadre quand la consommation pose problème. Ainsi, les personnes âgées peuvent continuer à boire si elles le souhaitent sans perdre leur capacité d’échanger avec les autres. 

LCS : Quelle est la bonne attitude à avoir face à ces problèmes de dépendance ?
Hélène Pigeon :
Si l’on ne repère pas que la consommation pose de problème, il n’y a pas de raisons de tout changer. Si, en revanche, cette consommation induit des chutes et des pertes de mémoire, il faut essayer de proposer une prise en charge par des consultations extérieures à l’établissement. Mais pour cela, il faut que la personne soit demandeuse sinon cela ne fonctionne pas.

LCS : Quelle suite donnerez-vous à cette conférence ?

Hélène Pigeon : On espère qu’il y en aura une. Le Resaad 72 proposera, selon les besoins, de mettre en place des groupes de travail et de réflexion autour de la thématique. On verra alors comment s’en saisir.

Propos recueillis par David Prochasson

newsletter
facebook