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« L’objet évocateur »
Publié le 12/07/2010
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édito

Chères lectrices, chers lecteurs : ce n’est pas un scoop, l’été est bel et bien là. Alors en ce moment dans le secteur social, certain(e)s restent sur le pont, d’autres s’apprêtent à marquer une pause, d’autres encore ont déjà pris du recul.



Bulent Karadede, travailleur "sans papier" turc qui vient d'obtenir une régularisation exceptionnelle. (photo : F. Lossent)

Eh bien, le Canard Social vous propose à sa manière de prendre de la distance sur le quotidien. Comment ? En faisant parler autrement les acteurs de terrain et les « usagers » de l’action sociale. Oui, mais encore ? L’angle d’attaque, c’est un objet évocateur. Evocateur d’un parcours professionnel ou personnel. A quoi ça sert ? A sortir des discours attendus, parfois formatés et trop souvent convenus.

Pour entamer cette série d’ « objets évocateurs », vous avez rendez-vous cette semaine avec un éducateur de rue du Mans qui a choisi de nous parler d’un bouquin, et pas n’importe lequel : « L’éducation morale », d’Emile Durkheim. Et au moment de « boucler » ce numéro du Canard Social,  on se dit qu’on aurait pu aussi donner « carte blanche » à une autre personne, un certain Bulent Karadede.

Arrivé sur le sol français en 2002, cet universitaire de nationalité turque pensait pouvoir se reconstruire en obtenant l’asile politique. Sa condamnation à 12 ans de prison en Turquie pour son militantisme en faveur de la liberté et de la laïcité lui avait laissé un goût amer… Presque aussi amer que les procédures administratives longues et nombreuses pour tenter d’obtenir le statut de réfugié ou une régularisation par le travail en tant qu’ancien salarié « sans papier ». Un goût amer, après 8 ans de dossiers et d’attente, qui a fait craquer cet homme de 43 ans. Le 5 juillet dernier, il a décidé d’entamer une grève de la faim, pour attirer l’attention de la préfecture de Loire Atlantique. Ce qu’il voulait, c’était une réponse, un oui ou un non. 5 jours plus tard, affaibli et fatigué, Bulent Karadede a obtenu ce qu’il n’espérait plus : une régularisation exceptionnelle.

Alors quel pourrait être son « objet évocateur » ? L’épais dossier qui témoigne de ses démarches officielles ? Le banc sur lequel il a passé une semaine sans s’alimenter ? La photo d’un proche resté au pays ? Un verre de raki pour fêter la bonne nouvelle ? Eh bien non, en fait, « l’objet évocateur » de Bulent n’existe pas encore, du moins pas à son nom. C’est tout simplement un contrat de travail en bonne et due forme. Peut être banal, mais symbolique et surtout précieux : c’est tout cela en même temps un « objet évocateur ».

Bonne lecture !

Frédéric Lossent

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