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Pourquoi les entreprises d'insertion sont à bout
Publié le 21/06/2010
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reportage

L’efficacité économique et sociale des entreprises d’insertion serait menacée, à en croire leur Union régionale (Urei), qui tenait son assemblée générale jeudi 17 juin au Mans. En cause notamment, l’aide au poste, qui n’a pas connu d’augmentation depuis douze ans et le plafonnement du nombre de postes ouverts au budget. 



Philippe Biotteau et Jean-Marc Dtroyat, deux directeurs d'EI ont fait part de leurs difficultés lors de l'AG de l'UREI (Photo : A. Humeau)

L’entreprise A tout métier, à Angers, en est à son deuxième exercice déficitaire consécutif. Son dirigeant, Philippe Biotteau, s’arrache les cheveux, tourne le problème dans tous les sens et ne voit pas d’autre solution que « bricoler ». Dans cette entreprise de propreté, espaces verts et peinture, 25 salariés sont en insertion. «Pour s’en sortir, on ne peut que se développer, mais pour cela il faut embaucher, or ce n'est pas possible sans accompagnement financier» soupire-t-il. Les entreprises d’insertion bénéficient d’une aide au poste de 9 681 euros par an pour couvrir le surcoût lié à l’emploi de salariés très éloignés de l’emploi. Mais le montant de cette aide attribuée par l’Etat n’a pas été revalorisé depuis 1998, alors que le Smic, depuis, a progressé de 41%. Alors l’Union régionale des entreprises d’insertion (Urei) a fait ses comptes : l’aide devrait être portée à 12 500€.
En attendant une (très) hypothétique augmentation, l’entreprise de Philippe Biotteau doit compter sur ses propres forces : l’autofinancement (vente, prestations de service, …). «Je bricole pour financer les postes, avec des aides des diverses collectivités, mais qui ne sont pas pérennes». La communauté d’agglomération d’Angers lui verse une aide de 8000 euros, mais le Conseil général, qui lui attribuait une enveloppe de 4000 euros sur sept postes l’a réduite de 25% cette année (3 000€). «Il se désengage pour se recentrer sur le RSA», analyse-t-il. «Il y a un jeu de dupes entre les différentes collectivités territoriales et l’État, chacun maîtrise son budget», constate Jean-Marc Detroyat, directeur d’Adiph Espaces verts, à La Chapelle-Saint-Aubin (Sarthe). Le conseil général lui attribuait 3 000 euros par an et par poste pour l’embauche de Rmistes. Depuis le RSA, plus rien. Cette entreprise qui emploie une cinquantaine de personnes dont 28 en insertion perd progressivement en compétitivité : «J’ai raté deux appels d’offre consécutifs dernièrement, j’étais 20% trop cher, déplore-t-il. Ma seule marge de manœuvre c’est de diminuer l’accompagnement social de mes salariés». Pour la première fois cette année, l’entreprise pourrait connaître une légère baisse de son chiffre d’affaires. «Mon budget accompagnement est tellement réduit que je ne peux pas avoir suffisamment de personnes pour réaliser des chantiers».

Les inquiétudes se multiplient

Autre inquiétude, la limitation du nombre de postes d’insertion, qui bloque inévitablement l’embauche. 15 000 au total en France font l’objet d’une aide, selon une logique administrative implacable. l’Urei voudrait voir sauter ce plafond, estimant que ce n’est «plus compatible avec la réactivité nécessaire à la vie de l’entreprise». «Il y a un moment où il faudra faire un choix, se dit Michel Plassart, trésorier de l’Urei et directeur d’ADC propreté (Nantes) : exclure ceux qui ont des caractéristiques un peu trop lourdes et qui nécessitent plus d’accompagnement social, et consacrer un peu moins de temps à chacun de nos employés».
Un autre élément inquiète les dirigeants d’entreprises d’insertion : la perspective de se voir imposer des obligations de résultats d’ici deux ou trois ans. Pour l’instant, ils ne sont soumis qu’à une obligation de moyens pour l’accompagnement de leurs salariés en insertion, mais à l’avenir, ils pourraient se voir imposer un quota de 60% de salariés en « sortie positive ». Autrement dit, six salariés sur dix quittant leur entreprise devraient avoir un emploi ou une formation, sous peine de voir les aides diminuer. «Cela pourrait nous conduire à trier nos salariés à l’embauche», déplorent-ils.

Montée au créneau

Après avoir « guerroyé » en vain pendant deux ans avec l’administration centrale, le Comité national des entreprises d’insertion (CNEI) change son fusil d’épaule : «On fait du lobbying auprès de tous les acteurs politiques et notamment les parlementaires», explique Michel Plassart. L’argumentaire est tout prêt, pour les convaincre. Échantillon : «Pour un euro d’aide au poste versé à une entreprise d’insertion, celle-ci rend à la collectivité entre deux et quatre euros sous forme d’impôts, taxes et contributions sociales».  «C’est une question de bon sens, en développant des postes, l’Etat récupérerait tout ce qu’il mettrait, s’enflamme Michel Plassart. Au lieu de cela, on préfère des emplois aidés. Alors que malgré la crise économique, un salarié sur deux sortant d’une entreprise d’insertion retrouve un emploi ou une formation qualifiante».
Invitée de l’assemblée générale de l’Urei, la députée UMP de la Sarthe Fabienne Labrette-Ménager a tout écouté. Sans signifier d’enthousiasme particulier.

Antoine Humeau

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