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Roms : Opération réintégration en Roumanie
Publié le 08/11/2010
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reportage

Nantes métropole a confié à l’association Une famille un toit une mission à fort enjeu politique : organiser le retour en Roumanie des familles qui le souhaitent.  La phase d’évaluation est en cours. Il s’agit, dans l’agglomération nantaise, de repérer les désirs et en Roumanie, de prospecter les conditions possibles pour les réaliser. Pour que tout le monde s’y retrouve ? 



Des représentants d'Une famille un toit et d'Actaroms visitent des maisons pour familles défavorisées construites par l'ONG Habitat for humanity, à Bechet au sud de Craiova. (photo : Actarom)

Plongeon dans une économie à reconstruire, traversée de zones rurales à cultiver, rencontre avec des élus locaux à convaincre…En octobre, l’association Une famille un toit est retournée pour la deuxième fois dans la province de Mehedinti,  situé au bord du Danube au sud-ouest de la Roumanie, d’où sont parties la grande majorité des familles roms aujourd’hui installées dans l’agglomération nantaise. Un voyage au programme en forme de cahier des charges. L’ambitieuse mission confiée par Nantes Métropole et acceptée par Une famille un toit : étudier la faisabilité de « projets de vie » pour que les migrants roms de l’agglo, volontaires pour retourner chez eux, puissent y rester.

Prospection sur le terrain

« Dans le cadre de la libre circulation des citoyens européens, chacun doit pourvoir vivre là où il aspire vraiment. Nous travaillons depuis plusieurs années avec les familles roms sur le terrain conventionné du 380 route de Sainte-Luce. Certaines familles n’ont pas trouvé ce qu’elles étaient venues chercher, ou ont vécu des malheurs, et veulent rentrer. Mais après plusieurs années d’errance, elles ont besoin d’être accompagnées pour que ce retour se fasse dans les meilleures conditions économiques possibles », explique Yves Aubry, directeur d’une Famille un toit, parti en Roumanie avec deux  autres membres de son équipe, une chargée d’insertion et un interprète médiateur.

Sur place, ils sont allés dans les villages d’origine de ces familles pour voir de près la réalité qui les avait fait fuir et trouver des solutions pour la rectifier. Les éclaireurs ont ainsi visité une des trop rares exploitations agricoles en activité. Ils ont vérifié si d’un point de vue juridique tel terrain visé était bien cultivable, si telle maison était bien réhabilitable. Ils ont échangé sur les débouchés et les marchés. Ils ont rencontré des travailleurs sociaux, visité des écoles. Appréhendé les mentalités.

Et ils ont tenté de se mettre dans la poche des autorités locales (mairies, préfecture) à la fois intéressées et suspicieuses. « Lors de notre premier voyage en juillet, nous étions sur place la semaine des annonces de Nicolas Sarkozy », se souvient Carine Bonnaud, chargée d’insertion d’une Famille un toit. Son directeur Yves Aubry enchaîne : « les élus locaux nous demandaient si on était des envoyés de notre président, nous leur disions non : de Nantes métropole ». Avec tout ce qui s’est passé depuis le discours de Grenoble – expulsions et polémiques - forcément lors du second voyage en octobre, il a fallut resservir des arguments pour justifier la démarche.

Recensement des volontaires

Les acteurs de la mission font donc attention au vocabulaire employé et espèrent qu’il est correctement traduit. « Nous parlons bien d’ accompagnement au projet de vie en Roumanie. A ne pas confondre avec l’aide au retour de base de 300 euros pour être mis dans l’avion, ou l’aide au projet versé par l’OFII », précise le député socialiste de Loire-Atlantique Dominique Raimbourg, qui suit ce dossier rom de la coopération avec la Roumanie pour le compte de Nantes métropole. Il insiste sur le fait qu’« il s’agit bien de retour volontaire ». Ici, les travailleurs sociaux d’Une Famille un toit repèrent les familles motivées. Dans les dispositifs d’accueil conventionnés mais aussi sur les terrains sauvages, car cette opération publique serait « ouverte à tous », pour une fois. Ce recensement est aussi mis en œuvre par le service Actaroms (association Saint-Benoît Labre), partenaire de cette mission et dont trois membres ont exceptionnellement participé au voyage en Roumanie en octobre, pour mieux comprendre ceux avec qui ils travaillent. Dans les faits, à la question « qui est partant ? », seules quelques familles ont levé le doigt pour l’instant. « C’est trop tôt, ils se disent qu’ils ont peut être quand même un avenir en France, mais si on ouvre une porte, si on débloque quelque chose, on aura sûrement un effet d’entraînement », espère Dominique Raimbourg.

Mobilisation du budget

Pour les élus de l’agglomération, l’enjeu est d’inverser la vapeur de ce qu’ils appellent « l’appel d’air ». Et d’avoir une position politique tenable, en équilibre entre les efforts d’intégration faits ici et les incitations à retourner là-bas. Beaucoup d’argent pourrait être injecté dans cette coopération, on parle d’un budget de plusieurs dizaines de milliers d’euros, qui sera officialisé quand les maires l’auront voté. « A terme, on envisage aussi de solliciter des fonds structurels européens », explique Yves Aubry d’Une famille un toit, qui travaille  déjà dans le cadre d’une convention avec l’UE pour l’insertion professionnelle des Roms dans l’agglomération.

Ampleur de la tâche

Beaucoup d’argent, c’est bien, mais encore faut-il parvenir à l’investir au mieux dans un contexte complexe. « On a du pain sur la planche », concède avec lucidité Yves Aubry, « il y a une volonté et des capacités ici et là bas, mais une économie à relever, des circuits à remettre en place ».  En effet, c’est tout le pays qui est à relancer économiquement, après des décennies de communisme et la faillite d’un système qui a laissé des traces.  Ainsi, beaucoup d’adultes roms ont un savoir faire agricole car ils ont travaillé dans les fermes d’Etat, mais ne veulent pas entendre parler de coopérative. Et puis il y a cette discrimination ambiante qui ne facilite rien. Pour pouvoir faire des propositions pertinentes, Une famille un toit éprouve le besoin : « de s’appuyer sur le soutien éthique de sociologues ou d’historiens. »

Bref, tous les acteurs de cette mission le répètent : la phase d’évaluation prend du temps ; le lancement date de cet été et un partenariat entre villes ça ne se construit pas en quelques mois ; il faut essayer. Ca fait pourtant longtemps qu’on en entend parler. Ca fait aussi des années qu’existent des ponts avec la Roumanie puisque 9 communes de l’agglomération entretiennent des relations bilatérales dans le cadre de jumelages avec des villes de Roumanie… Le comité de pilotage doit se rencontrer ce lundi pour débriefer le dernier voyage et décider de la suite à donner à cette délicate mais néanmoins citoyenne opération.

Armandine Penna

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