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Travailleurs sociaux : le retour de la revendication d’une reconnaissance Bac + 3
Publié le 21/03/2011
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reportage

Le 16 mars à midi, environ 300 travailleurs sociaux (assistant sociaux, éducateurs spécialisés, éducateurs de jeunes enfants et conseillères en économie sociale et familiale), en poste ou en formation, se sont rassemblés à Nantes devant le Conseil général. Ils ont réclamé que leurs diplômes soient enfin revalorisés bac + 3 et que les fonctionnaires soient passés en catégorie A. Un mouvement initié nationalement par l’intersyndicale de la fonction publique territoriale et les associations professionnelles, alors qu’à Paris le Conseil supérieur de la Fonction publique territoriale se penchait sur les décrets concernant la réforme de la catégorie B de la filière sociale. Extraits de la grogne.



Manifestation le 16 mars 2011 à Nantes pour une meilleure reconnaissance de la formation des travailleurs sociaux (photo : A. Penna).

« C’est depuis toujours qu’on demande la revalorisation de notre diplôme Bac + 3 puisqu’on a fait trois années d’études ! », s’exclame Nicole Violleau, 54 ans. Éducatrice spécialisée de formation et assistante sociale éducative pour le Conseil général de Loire-Atlantique depuis 1989, elle plafonne à l’échelon maximale depuis presque 10 ans. « Si j’étais bac+3, je serais en catégorie A, ce qui m’ouvrirait un déroulement de carrière plus long… alors que là mon seul moyen pour voir mon salaire évoluer un peu, c’est de devenir chef ! ». Elle qui travaille à l’Aide sociale à l’enfance met aussi dans la balance ses responsabilités par rapport aux enfants en danger, l’usure à laquelle elle résiste en étant à temps partiel. « C’est une vraie expérience mais je dois encore tenir jusqu’à 62 ans… les gamins m’appellent déjà mamie ! ». « Oui, par rapport à nos responsabilités, nous ne sommes pas cher payés ! Sans compter qu’on travaille avec de moins en moins de moyens : plus d’aides financières, pas assez de places d’accueil… », enchaîne sa voisine de manifestation Marie-Françoise Bougit, assistante sociale dans un centre médico-social.

Comme les infirmiers

« À parcours équivalent, il faut une reconnaissance équivalente. Les infirmiers et les puéricultrices ont eux obtenu récemment  la revalorisation de leur diplôme à Bac + 3 ! », compare Jacqueline Carabin. En tant qu’assistante sociale au CHU de Nantes, elle est bien placée pour en parler. Les assistantes sociales de la fonction publique hospitalière ont du mal à faire entendre leurs voix au milieu de la masse du personnel des soignants. Elles ont donc rejoint le front des travailleurs sociaux de la fonction publique territoriale, les plus nombreux, pour défendre cette revalorisation réclamée depuis plus de 20 ans.

Réforme en cours dans la fonction publique

C’est bien la refonte annoncée de la catégorie B de la fonction publique territoriale qui a motivé une levée de bannières. Le 16 mars à Paris, le Conseil supérieur de la Fonction publique territoriale (CSFPT) devait en effet examiner les projets de décrets révisant le statut des catégories B pour la filière sociale. Des projets contestés par les syndicats et les organisations professionnelles pour leur manque de reconnaissance : recrutement à bac + 2 maximum, grille tarifaire désavantageuse, déroulement de carrière bloqué… Ils ont donc appelé à la manifestation pour bloquer ces décrets et exiger que la réforme aille jusqu’à la revalorisation salariale en catégorie A. L’enjeu est de taille : ce qui sera acté pour la fonction publique territoriale, pilote dans les négociations, s’appliquera aussi aux deux autres fonctions publiques (Etat et hospitalière). Elle rejaillira aussi sur les travailleurs sociaux employés par des associations. In fine, il s’agit d’obtenir enfin une requalification bac + 3 pour tous les diplômes des professionnels de niveau III (AS, ES, CESF et EJE).

« De plus en plus de responsabilités… la reconnaissance doit suivre ! »

Au delà des attentes salariales, ce qui ressort des témoignages des manifestants, c’est l’impression de devoir défendre leurs professions dans un contexte de restriction des moyens. L’impression d’être mal considérés, voire méprisés, malgré des responsabilités croissantes. De nombreux étudiants des différentes filières de l’ARIFTS-Ponants de Rezé sont venus en renfort, conscients que c’est leur avenir très proche qui se joue. Pour Arnaud Le Dall, étudiant en 2ème année éducateur spécialisé : « nous avons plus en plus de responsabilités, comme celle de coordinateur d’équipe, la reconnaissance doit suivre ! ». Les manifestants se sont massés devant les grilles fermées du Conseil général, le plus gros employeur de travailleurs sociaux du département. Pas moyen d’accéder aux boîtes aux lettres des élus pour y glisser un courrier rappelant les revendications et s’appuyant sur les directives européennes, que la France est l’un des seuls pays à ne pas respecter. Deux représentants du Conseil général sont venus à la rencontre des travailleurs sociaux pour prendre en main cette lettre, qu’ils ont promis de distribuer aux élus et faire suivre à plus haut niveau, au gouvernement et à l’assemblée des départements de France.

Selon les organisations syndicales, environ 3500 travailleurs sociaux ont manifesté dans toute la France. Le CSFPT a finalement retiré l’examen des projets de décrets de son ordre du jour…jusqu’à sa prochaine réunion en avril ?  Une nouvelle journée d’action est envisagée.

Armandine Penna

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