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Financements privés : «on n’a pas le choix»
Publié le 25/04/2011
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reportage

Vendredi 22 avril le Canard social a organisé sa première « Transversale », une matinée d’échanges sur le thème « Les financements privés dans l’action sociale ». Une réalité à laquelle sont confrontées de nombreuses structures obligées de compenser la baisse des financements publics. 130 personnes ont répondu à notre invitation. Trois profils d’acteurs se sont croisés durant cette matinée: professionnels de l’action sociale, élus et financeurs privés. Nous avons suivi deux d’entre eux.



Mathieu Chartier et Jean-François Bouchevreau de Solidarité Paysans 72 assistent à la table ronde (photo : A. Penna)

Ils se sont déplacés depuis la Sarthe. Mathieu Chartier, salarié de l’association Solidarité Paysans 72 qui accompagne des agriculteurs en difficultés, et Jean-François Bouchevreau, président et lui même agriculteur, ont pris le train Le Mans-Nantes puis le bus 56. Les voilà arrivés à temps aux Salons San-Fransisco pour le débat. Ils émargent, parlent « sécheresse » au soleil face à la Loire puis entrent dans la salle et dans le cœur du sujet qui les fait venir de loin : « les financement privés dans l’action sociale. »

Regrettable nécessité

« Il faut qu’on en cherche, comme ça se fait déjà dans d’autres associations. C’est une question de pragmatisme, on n’a pas le choix », explique Mathieu Chartier, dont l’emploi tremplin pris en charge de façon dégressive sur 5 ans par la Région se termine fin 2012, sans visibilité sur la suite. La subvention du Conseil général et les cotisations des adhérents ne suffiront surement pas à garantir une trésorerie très longtemps. Pour pérenniser son poste de professionnel et plus généralement le fonctionnement de l’association,  il faudrait trouver au moins 25 000 euros d’ici 2013. Alors comment s’y prendre, vers quels financeurs privés se tourner ? Ce matin dans le train, lui et son président se demandaient par exemple si ce serait pertinent de demander des financements aux banques : « c’est là où il y a de l’argent mais c’est aussi notre partie adverse puisque les banques sont les créancières des paysans qu’on accompagne ». Ils sont au commencement de leur réflexion, cette matinée organisée par Le Canard Social tombe à pic.

Partage d’expériences

Vu le nombre de participants, nos deux représentants de Solidarités paysans ne sont manifestement pas les seuls titillés par ces préoccupations budgétaires. Mathieu Chartier monte à l’étage pour l’atelier numéro 1, où trois directeurs de structures témoignent de leurs propres expériences en matière de montage de projet grâce à des fonds privés : Luc Cousseau, directeur du garage d’insertion Solidarauto à Trélazé (49), Jean-Claude Laurent, directeur de l’association de réinsertion sociale Saint-Yves à Vertou (44) et Patrick Moreels, directeur de l’ANAF à Nantes (44). Notre salarié de Solidarité Paysans prend des notes, il compte bien faire un compte rendu à ses administrateurs.

Pas pour le fonctionnement

Patrick Moreels de l’ANAF parle de la manière dont le partenariat « prévention, médiation, énergie » entre son association d’aide à domicile des familles et GDF avait rendu plus humain le regard du distributeur sur ceux qui n’arrivent pas à payer leurs factures. Mathieu Chartier écrit sur son bloc : « prise de conscience des difficultés ». Il se prend à rêver d’un partenariat avec des banques qui pourrait avoir les mêmes effets… Luc Cousseau de Solidarauto insiste lui sur un point fondamental, qui reviendra plusieurs fois dans les interventions : «  il est plus facile de lever des fonds privés pour des investissements de départ, pour le démarrage d’un projet. En revanche pour le fonctionnement, on compte avant tout sur les soutiens publics.» Mathieu Chartier : « ça tombe mal. Nous, nous avons avant tout besoin de trouver de l’argent pour notre fonctionnement…» Quand Jacqueline Cadio, présidente de SOS femmes Nantes, parle du risque d’essoufflement des ressources associatives, Mathieu Chartier chuchote : « Bien résumé ! C’est ça le problème, le temps qu’on passe à chercher de l’argent on ne le passe pas pour notre mission principale : accompagner les gens.»

Relation de confiance

A l’étage d’en dessous, son président Jean-François Bouchevreau assiste lui au deuxième atelier, axé sur les questions pratiques. Yann Desdouets, délégué régional de la Fondation de France et Alain Moy-Guillaumel, du cabinet de conseil Quendya (85) donnent leurs billes : monter un dossier, un fonds de dotation, créer un site internet dédié, mutualiser les forces… Le consultant Alain Moy-Guillaumel insiste notamment sur la nécessité de restaurer la relation de confiance nécessaire entre associations et entreprises : « les associations ont encore tendance à regarder les entreprises comme un monde de requins et les entreprises croient souvent que pour les associations un euros dépensé ne l’est pas forcément efficacement. » Jean-François Bouchevreau réagit : « c’est vrai qu’il faut qu’on change de regard sur les entreprises… il y a quelques années on ne pensait pas devoir leur demander de l’argent. » Se rapprocher par pragmatisme tout en se fixant des balises pour garder son éthique, pas forcément évident. Plus tard, le président de Solidarité paysans 72 lance la première question du débat avec la salle, pertinente : « qu’est ce qu’un don utile pour une entreprise, quand on sait que dans le domaine social les résultats ne s’évaluent que sur le long terme ? »

Trouver l’équilibre

C’est maintenant l’heure de la table ronde plénière, plus politique, sur le thème : « Des fonds privés pour l’action sociale : s’en réjouir ou pas ? ». Les deux complices de solidarité paysans se retrouvent côte-à-côte, attentifs aux échanges à la fois vifs et constructifs.  Michelle Meunier, avec sa double casquette ville de Nantes et Conseil Général 44, reconnaît qu’on en est bien là à cause du désengagement de l’Etat mais défend les efforts des collectivités territoriales. Anne Postic de l’URIOPSS ou Jocelyn Leclerc de la FNARS rappellent la nécessité d’un engagement fort de la puissance publique. Et appellent leurs adhérents à veiller à un équilibre juste entre financements publics et privés, notamment pour garantir une certaine liberté et indépendance. En face, Maurice Loizeau, vice président du Crédit Mutuel Centre Ouest souligne que l’époque marque un changement profond et qu’il faut défendre ses valeurs, chercher du sens dans d’éventuels partenariats ou mécénats, que l’on soit financeur privé ou structure en recherche de fonds. Pierre Maire, de la fondation Mécènes et Loire assure que les entreprises ne s’intéressent pas qu’aux projets les plus porteurs en terme d’image. Laurence Seeten du groupe EDF confirme que les sollicitations de soutien financier se multiplient et que le choix est parfois difficile. Une question traverse toutes les autres : quelles conséquences pour les associations ? A défaut de financement, certaines trop fragiles sont en train de mourir… Au final, la directrice du Canard social, Cécile Petident, conclue : « certes les besoins sont urgents. Une matinée n’est pas suffisante pour trouver des solutions mais l’idée était de réfléchir ensemble pour ouvrir des pistes ».

Construire son réseau

« Oui, on n’espérait pas repartir avec la solution miracle. Mais cela lance notre réflexion… », confient les deux émissaires de Solidarité paysans 72 en ressortant au soleil. Ils ne se disent pas découragés mais au contraire prêts à se lancer. « On n’a pas le choix », répètent ils. « Il faut qu’on trouve de vrais arguments, qu’on construise de vrais partenariats. » Ils ont donné leur contact à une chargée de mission de la DDCS 72, qui leur a promis de les faire bénéficier de son réseau, qu’elle a d’ailleurs élargi aujourd’hui. Comme beaucoup semble-t-il. Les représentants de solidarité paysans s’en repartent vers la gare en lançant leur mot d’ordre : « A l’action ! ».

Armandine Penna

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