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Une école ABA à Nantes, pour aider des enfants autistes à apprendre le B.A. - BA
Publié le 05/09/2011
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reportage

Pour leurs enfants autistes, ils ne trouvaient pas d’établissement spécialisé correspondant à leurs attentes. Un groupe de parents adhérents de l’association Autisme ouest 44 a décidé de créer à Nantes une école basée sur la méthode ABA, très peu développée en France. Les bénévoles qui vont y intervenir viennent de suivre une formation. La rentrée de cette école expérimentale a lieu le 12 septembre. 



Scherice Cardwell, diplômée de la méthode ABA aux Etats-Unis, forment les bénévoles d’une nouvelle expérience pour enfant autistes qui démarrent à la rentrée à Nantes (photo : A. Penna)

L’appel des parents, via leur réseau ou à la radio, disait en substance : « cherchons bénévoles pour appliquer la méthode ABA auprès de nos enfants autistes dans le cadre d’une nouvelle école associative ». Une trentaine de volontaires y ont répondu : des personnes touchées personnellement par cet handicap mais aussi beaucoup de professionnels, institutrices, orthophonistes, psychologues, etc, curieux de découvrir cette pédagogie comportementale méconnue en France. Comme cette psychologue qui aimerait la proposer en libéral et a saisi l’occasion de la mettre en pratique en « plongeant dedans ». Avant la rentrée fixée au 12 septembre, tous ces bénévoles ont suivi leurs deux premiers jours de formation avec Scherice Cardwell, une américaine diplômée en ABA installée en France depuis 4 ans. Car l’ABA, « Applied Behavior Analysis" (Analyse appliquée du comportement), ça ne s’improvise pas, même s’il paraît qu’on en fait tous un peu sans le savoir.

Modifier le comportement

« Mon but est de transmettre les principes, les outils, les techniques de l’ABA», nous dit Scherice Cardwell à la pause, juste après avoir expliqué aux bénévoles comment enseigner aux petits élèves autistes les différentes étapes du lavage de main par la procédure rigoureuse du « chainage en avant. » Et comment résumerait-elle la méthode ABA ? « C’est une séance dont l’objectif est de modifier le comportement de l’enfant : réduire le comportement inadapté et augmenter le bon comportement pour lui et sa famille.» Il s’agit de partir des toutes petites choses auxquelles s’intéresse l’enfant, pour déclencher des apprentissages. Utiliser des « renforçateurs » pour le pousser à « réussir ». « Cette méthode marche bien pour l’autisme, mais pas seulement ! Ça peut vous servir…», lance Scherice Cardwell aux bénévoles pour conclure la première journée de formation.

Du bricolage au projet d’école

Les familles des 6 enfants (âgés de 5 à 14 ans et aux troubles autistiques variés) qui vont intégrer à Nantes la toute nouvelle école « Les petits malins » connaissent eux déjà l’ABA. Scherice Cardwell va chez eux depuis deux ans, tous les deux mois, pour guider parents et intervenants dans la mise en place d’un programme pédagogique. « Non seulement il n’y a pas assez de places spécialisées pour accueillir les enfants autistes, mais en plus quand il y en a, ce n’est pas adapté », déplore Renaud Dupont, dont le fils est pour l’instant en IME, « jusque là, chaque famille bricolait comme elle pouvait, et faisait venir des intervenants ABA à ses propres frais ». Les parents ont donc décidé de passer à la vitesse supérieure, en créant un établissement pour appliquer hors de leur domicile cette méthode ABA à laquelle ils croient. Renaud Dupont, qui s'est mis en disponibilité, notamment pour se consacrer à ce projet, doit en devenir le directeur.

L’ARS Pays de la Loire ne leur a accordé aucun financement. L’État n’est pourtant pas radicalement anti-ABA : une vingtaine de structures en France pratiquant l’ABA et portées par des IME, dont une à Sablé-sur-Sarthe, sont financées dans le cadre du plan autisme. L’ARS aurait même reconnu l’intérêt du projet compte tenu des besoins : selon ses estimations officielles, environ 200 familles dans la région cherchent des solutions pour leurs enfants autistes. Pas de financement étatique, qu’importe, les parents ne s’arrêtent pas là : ils décident de monter l’école à leur manière, en s’inspirant d’une expérience associative menée à Roanne.  Ils montent l’association autisme ouest 44 / école ABA Les petits malins. Ils trouvent les 50 000 euros nécessaire aux fonctionnement annuel auprès du mécénat privé (la moitié grâce au Crédit agricole), obtiennent de la ville de Nantes la mise à disposition de deux salles de classes au sein d’une école publique et demandent à l’Inspection académique le statut d’école associative privée hors contrat.

Expérimentation

« On a monté cette école bien sûr pour nos enfants, mais aussi pour prouver qu’il y a des manières innovantes d’accompagner les enfants autistes », insiste Anne-Cécile Desloges, maman d’un petit garçon de 5 ans. Renaud Dupont, conscient que l’ABA a plus de détracteurs que d’amis, estime que : «  l’approche psychiatrique dominante en France dans le traitement de l’autisme dit qu’il faut atteindre l’émergence des désirs. Mais nos enfants ont si peu de centres d’intérêts…nous avons décidé de ne pas attendre qu’ils grandissent sans rien faire, d’agir vite à notre niveau et prouver à ceux qui décrient la méthode ABA qu’ils ont tort. » « Par rapport à l’ABA, les mentalités en France ont au moins 40 ans de retard sur les États-Unis ! », clame Scherice Cardwell, qui fait partie de la douzaine de personnes en France ayant un diplôme ABA certifié par l’organisme mondial habilité. La spécialiste se promène dans toute la France, et est déjà responsable pédagogique de 5 écoles ABA. « Les petits malins » sera la première des écoles qu’elle supervise fonctionnant avec des bénévoles. Ces derniers seront encadrés par la spécialiste mais aussi par les parents eux-mêmes, qui assurent cependant qu’ils ne resteront pas dans le dos de leur propre enfant. Interviendront aussi des professionnels, trois psychologues formés à la méthode ABA, ainsi que deux personnes embauchées en contrats aidés.

Espoirs

« On espère enclencher un cercle vertueux », confie Renaud Dupont, dont le fils est celui des 6 enfants qui souffre des troubles autistiques les plus sévères. L’objectif est d’augmenter dès que possible les effectifs à dix élèves. « Le but ultime est que nos enfants finissent par réintégrer le milieu ordinaire », espère Anne-Cécile Desloges, persuadée que « la méthode fait ses preuves, surtout quand la prise en charge est précoce. » Et la jeune mère de rappeler cette statistique américaine : un enfant sur 2 pris en charge avant l’âge de 4 ans pendant 3 ans, pour un œil non averti, ne  montrerait plus de signe visible d’autisme dans son comportement. Une statistique qui fait réagir d’autres professionnels du secteur du handicap ou de la psychiatrie, sceptiques devant cette méthode présentée comme miracle. Si certains y croient, en France, la méthode ABA fait indéniablement débat.

Armandine Penna
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