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Christelle Fouache : «La personne handicapée mentale a pourtant une sexualité!»
Publié le 26/04/2010
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Christelle Fouache dirige le programme régional «Vie affective et sexuelle des personnes vivant avec un handicap mental». Elle explique les freins qu’elle rencontre lors des ses interventions en établissement. 



Christelle Fouache (Photo : H. Heulot)

Le Canard social : En quoi consiste votre programme ? Est-il destiné exclusivement aux professionnels ?

Christelle Fouache : Nous accompagnons effectivement les professionnels, par exemple, ceux des IME et IM Pro, qui ont décidé de se pencher sur la question de la vie affective et sexuelle de leur public. Nous faisons partie d’un réseau national, anciennement celui des CRES et CODES aujourd’hui des Instituts régionaux d’éducation et de promotion de la santé (IREPS). Notre programme existe depuis 2002. Il s’inscrit dans une histoire. Il est apparu qu’il fallait porter attention à la sexualité des personnes handicapées d’abord à cause du sida. Elles aussi pouvaient contracter le virus. Il fallait les en protéger. Ensuite, la société a découvert les questions de maltraitance dans les établissements de santé. Jusqu’aux risques d’abus sexuels sur des personnes handicapées. On a découvert ces situations. Là aussi, il fallait prévenir. La sexualité a fait partie des facteurs de danger. C’est sous cet aspect qu’elle a été abordée par les professionnels. L’évolution récente est beaucoup plus positive. On est passé à l’idée que la sexualité était aussi source de santé.

LCS : Si votre programme existe, c’est que les besoins sont importants ?

Christelle Fouache : Oui parce que la question que nous abordons se heurte encore à beaucoup de tabous. Elle oblige en premier lieu les professionnels et, dans leur sillage, institutions et familles à revoir leurs conceptions. Par exemple, à considérer que les personnes handicapées mentales ont une vie affective et sexuelle. Cela n’a rien d’évident. Beaucoup de parents préfèrent ignorer la vie sexuelle de leurs adolescents. Beaucoup de parents de personnes handicapées, les considèrent de ce point de vue comme d’éternels enfants. Ce sont des anges sans sexualité. Ou des petits démons à la sexualité anormale voire bestiale. J’ai vu des mères, se défendre en arrivant à une réunion où elles étaient conviées sur la vie affective et sexuelle de leur enfant. Elles disaient : mais il n’a rien fait de mal ! Il y a donc là, déjà, en quelque sorte, des découvertes à faire.

LCS : Pourquoi parlez-vous de vie affective et sexuelle ? Ne s’agit-il pas, avant tout, pour les professionnels et les institutions de la vie sexuelle des personnes dont elles ont la charge ?

Christelle Fouache : Tout à fait. Mais pour nous, la sexualité est avant tout une affaire de relation entre des personnes. Nous formons donc les professionnels à ce qu’ils éduquent les personnes dont ils ont la charge sur cet aspect de leur vie qui est indissociable de leur vie affective.

LCS : Est-ce un rôle que les professionnels se donnent facilement ?

Christelle Fouache : Non, mais les pressions pesant sur eux sont de plus en plus fortes. D’abord des personnes handicapées elles-mêmes. Elles réclament d’avoir une vie sexuelle. Elles y ont droit. Les familles le demandent pour elles. C’est nouveau. Longtemps, la société a mis les personnes handicapées à l’écart. Aujourd’hui, nous sommes plutôt dans des logiques de compensation. Elles ne peuvent pas avoir notre vie sur tel ou tel plan. Que l’on compense sur d’autres. La sexualité en est un.

LCS : En quoi cela bouleverse les pratiques des professionnels ?

Christelle Fouache : D’abord parce qu’il n’est banal pour personne de parler de sexualité, encore moins de le faire dans une pratique publique et professionnelle. Nous recommandons aux équipes de réfléchir ensemble sur leur éthique et leur positionnement professionnel vis-à-vis des personnes handicapées dont elles s’occupent. Cette question de la sexualité remet souvent tout cela en cause.

LCS : Des exemples ?Christelle Fouache : Le professionnel n’est plus en tête à tête avec la personne handicapée. Arrive un amoureux ou une amoureuse. Il peut se retrouver facilement en position de juge, d’observateur. Quelque part, il est toujours responsable de la personne. Il doit bien réfléchir à tout cela. Cette question de la sexualité, parce qu’elle touche à l’intime, pose plus que jamais la question de l’autonomie de la personne handicapée par rapport à sa propre vie, par rapport à ceux qui l’entourent, par rapport aux institutions.

LCS : Comment intervenez-vous dans un établissement ?

Christelle Fouache : Nous proposons des programmes par groupes de 7 à 10 séances avec les professionnels. C’est de l’accompagnement. Nous insistons pour qu’il s’agisse de démarches actives. Nous dépassons le stade du transfert de connaissances. L’objectif est que les pratiques évoluent.

LSC : Existe-t-il des conditions favorables à la mise en œuvre de ce genre de programmes ?

Christelle Fouache : Oui. D’abord avoir toujours pour but de travailler au bénéfice   de la personne handicapée. Il est facile de travailler finalement pour l’équipe. Que la question n’appartienne pas seulement à un groupe moteur dans l’établissement. Cela commence souvent comme cela : une ou deux personnes qui décident de s’en occuper. Parce que dans le fond, tous les membres d’une équipe sont susceptibles de faire face à l’une des personnes handicapée en érection ou qui se masturbe dans des conditions qui ne vont pas. Plus généralement, toutes font partie de l’environnement relationnel des personnes. Le mieux est également que les familles soient associées.

Propos recueillis par Hubert Heulot

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