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«On est à la veille de difficultés sociales très graves»
Publié le 17/05/2010
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Entretien Avec Marc Goua, député PS du Maine et Loire, vice-président d’Angers Loire Métropole et Maire de Trélazé après le sommet social de la semaine dernière à l’Elysée où le chef de l’Etat a insisté sur la nécessité de geler les dépenses publiques pour revenir à un équilibre dans les finances de l’Etat.



Marc Goua, député PS du Maine et Loire (Photo : Mairie de Trélazé)

Le Canard Social : Comment réagissez-vous à l’arrêt des mesures exceptionnelles mises en place en 2009 pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages ?

Marc Goua : Cela confirme malheureusement la politique menée depuis quelques années et qui tend à accentuer les disparités et les injustices. On a le sentiment qu’il y a aujourd’hui une fuite en avant. Je ne conteste pas qu’il y ait des difficultés économiques grandissantes pour les finances de l’Etat, mais on voit que ce sont les mesures prises en direction des personnes fragiles qui sont d’abord menacées. On entend dire que l’on maintiendra le RSA, mais que l’on va diminuer l’AH, que la prime pour l’emploi sera réduite ou supprimée… Il y a quelques années, le CREDOC a publié une étude montrant qu’il y a de plus en plus de pauvres dans notre pays et que les classes moyennes se rapprochent des moins aisés, pendant que 5 % de la population se «gave». Je constate qu’il y a un véritable accroissement des inégalités au moment où on a besoin d’une cohésion forte avec la réforme des retraites. Il n’y a pas de projet économique sans une politique de justice sociale.

Le CS : Vous percevez, concrètement, une montée des difficultés sociales ?

Marc Goua : Étant maire de Trélazé, commune de tradition ouvrière dans le Maine et Loire, je suis en contact avec une population où les pauvres sont plus pauvres qu’ailleurs, et les riches, moins riches qu’ailleurs. La «nouveauté», ce sont les retraités, tout le monde le dit et je le vois bien : beaucoup tentent de survivre en ce moment, en particulier ceux qui ont des pensions de réversion de 600 euros. Le gouvernement a supprimé les exonérations de taxe d’habitation ou de redevance pour la télévision. On a l’impression que ce sont des montants assez faibles, mais avec des revenus très modestes, cela peut avoir des conséquences importantes. Ce que je crains ? Qu’il y ait de plus en plus de retraités aux Restos du cœur alors qu’on ne les avait jamais vu auparavant. On assiste là à la montée d’une classe très pauvre.

Le CS : Alors que préconisez-vous sur le plan politique ?

Marc Goua : Dans notre pays, l’économie tient à la consommation, il faut la soutenir. Surtout pour ceux qui sont obligés de tout dépenser pour vivre, comme les ménages qui ont perçu une prime en 2009, qui est supprimée aujourd’hui. Les gens ont peur du lendemain, on le voit pour ceux qui sont en capacité d’épargner et qui se préparent à des moments difficiles : le taux d’épargne est passée de 15 à 18 %. Il faut repartir en sens inverse et redonner confiance. Ne surtout pas, comme certains suggèrent, diminuer l’effort de la politique de la ville ou réduire l’aide personnalisée au logement. Il faut préserver un modèle social qui est protecteur et dont tout le monde a vanté les mérites au début de la crise.

Le CS : Selon vous, où sont les leviers d’action pour faire face aux difficultés sociales? Au niveau local ?

Marc Goua : Aujourd’hui, ce sont les collectivités locales qui jouent le rôle d’amortisseur social, mais cela doit rester dans une certaine limite. Il y a deux attitudes possibles : soit on dit « ce n’est pas dans nos compétences premières, mais c’est à l’Etat de jouer le jeu », soit on est confronté à des réalités de terrain et on agit. Mais tout ceci va avoir une limite : l’augmentation des impôts locaux.

Le CS : Vous êtes prêt à augmenter les impôts locaux pour maintenir les dépenses publiques locales ?

Marc Goua : Non, il faut faire des arbitrages. Dans ma collectivité, on essaye de faire des économies là où on peut et on regarde ce qui est utile. Par exemple, l’emploi n’est pas une de mes prérogatives, mais nous avons beaucoup de jeunes dans la commune, et beaucoup de jeunes peu qualifiés qui étaient jusqu’à présent en intérim et touchés aujourd’hui plus que d’autres par le chômage. On a mis en place un dispositif ciblé vers les jeunes de moins de 26 ans avec une association pour travailler sur le retour à l’emploi. Le dispositif n’entre pas dans la compétence de la ville, il coûte 125 000 euros, mais c’est indispensable. Alors, on se bat pour trouver des financements avec des partenaires.

Le CS : À votre niveau, vous arrivez à mesurer l’efficacité ou l’absence d’effets des politiques mises en place ?

Marc Goua : Au niveau national, ce n’est pas facile de savoir comment se traduit tel ou tel effort, mais dans une ville de 12 000 habitants comme Trélazé, on voit tout de suite les effets de nos politiques. Avec notre dispositif sur l’emploi des jeunes, c’est pratiquement du cas par cas avec la centaine de personnes suivies. Et puis, en tant que parlementaire et en tant qu’élu local, je reçois chaque semaine à ma permanence des habitants, essentiellement pour des questions de logement et d’emplois. Donc, je vois bien là où il faut mettre les priorités. Or, encore une fois, je suis inquiet de voir les menaces qui pèsent sur la politique de la ville et les minimas sociaux, et c’est un sujet qui préoccupe les maires du réseau national «Villes et banlieues » dont je fais partie. Dans les quartiers, les jeunes nous interpellent, on commence à ressentir des tensions. Avec la crise, des jeunes salariés d’une trentaine d’années reviennent vivre chez leurs parents parce qu’ils ne s’en sortent pas. Et quand on connaît les problèmes de logement ou de travail des parents eux-mêmes, je me dis qu’on est à la veille de difficultés sociales très graves.

Propos recueillis par Frédéric Lossent.

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