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Seniors et emploi : la mauvaise entente
Publié le 02/08/2010
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L’insee des Pays de La Loire vient de publier une étude sur l’emploi des seniors dans la région. Bilan : la région est très mauvaise élève : seulement 34% des 55/64 ans ont un emploi. C’est moins bien qu’au national et c'est très loin des objectifs européens (50%). Le gouvernement de son côté oblige les entreprises à proposer des plans d’actions :  les entreprises sont incitées à, d’une part, garder leurs seniors et d’autre part à en recruter de nouveaux. Réactions et analyses avec Bruno Henriet, Professeur à l’Université de Nantes en gestion des Ressources Humaine. 

Article initialement publié le 21 juin 2010.



Bruno Henriet : "On ne peut pas revenir en arrière, le but est de ne pas refaire les mêmes erreurs que par le passé".

Le Canard Social : Etes vous surpris par les résultats de cette  étude publiée par l’INSEE Pays de la Loire ?

Bruno Henriet : Ce qui est frappant c'est la situation régionale plus grave qu’en France… Dans la région, les entreprises ont mal résisté à tout un tas de choses et en particulier, l’emploi des séniors a mal résisté à la modernisation. Ici on a beaucoup  d’entreprise dans l’agroalimentaire, dans la construction mécanique, le textile. Dans les années 90 quand les entreprises ont brutalement modernisé  elles se sont séparé d’une grande partie de leur population ouvrière : des gens peu formés, qui n’ont pas pu s’adapter aux nouvelles conditions de production,  on leur a préféré les jeune qui étaient plus à l’aise avec les nouvelles technologies et qui coutaient moins cher. Les effets sont visibles aujourd’hui,  J’ai visité récemment les usines LU de la Haye Fouassière (44), on voit un nombre d’opérateur très réduit et ce sont des jeunes, ça illustre parfaitement le phénomène. Les «vieux ouvriers» faisaient un travail manuel et progressivement ils ont été éliminés.

Le CS : Quelle est la responsabilité des entreprises en terme de formation, d’accompagnement des salariés les plus anciens ?

Bruno Henriet   : Je crois qu’en fait les entreprises sont obligées de suivre ce qui se passe autour d’elles : quand elles voient que les autres se modernisent, elles imitent, et elles le font au dernier moment sans «gestion préventive des emplois et des compétences». Il n’y a pas eu de gestion prévisionnelle à ce moment là :  elles ont vu que des gens à 55 ans ne comprenaient rien à l’informatique par exemple, du coup elles leur ont dit « prenez donc votre pré-retraite » . Résultat, la photo aujourd’hui est dramatique et renforcée par les politiques gouvernementales d’alors : promotion de la pré-retraite, retraite à 60 ans….

Le CS : Aujourd’hui le gouvernement passe à une politique plus qu’incitative : il oblige les entreprises à s’engager dans l’emploi de seniors, sous peine de taxes à payer à hauteur de 1% de la masse salariale

Bruno Henriet : Oui ce sont aussi  des discours.  Je veux dire par là que les accords affichés par les entreprises ce sont des accords de méthodes : il s’agit de signer un accord disant qu’on va faire quelque chose, mais la mise en musique c'est autre chose. Dans la mise en musique ce qui est important c'est de se dire que les « seniors » ont des compétences utiles ! Je crois que des bilans de compétences, des changements d’affectation, des orientations de carrière peuvent être mis en place. Mais les entreprises doivent se poser des questions globales, comme «qu’est ce que ces « seniors » pourraient faire grâce à leur 30 ans d’usine…» On a fait une étude avec l’ARACT (Action Régionale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) l’année dernière, on a vu des entreprises comprendre que telle personne usée et fatiguée sur tel atelier pouvait peut-être faire de la surveillance, c'est donc possible de trouver des solutions pour maintenir dans l’entreprises les salariés de plus de 50 ans. Mais encore faut-il détecter ces personnes, les repérer pour pouvoir leur proposer un parcours.

Le CS : est-ce que vous voulez dire que les entreprises n’ont pas toujours les compétences pour réagir ?

Bruno Henriet   : Dans les grandes entreprises ils ont des équipes en ressources humaines qui  travaillent sur ces questions et depuis longtemps. Quant aux toutes petites entreprises, le patron connaît ses gars comme on dit. La gestion est alors plus simple. Là ou se pose le plus de problème c'est dans les entreprisses de taille moyenne, sans équipe en RH capables de gérer ça. Des entreprises en fait sous encadrées en matière de RH et donc dans l’incapacité de mettre en place des dispositifs particuliers.  En gros, en dessous de 150 personnes elles ont du mal. Et ça c'est un élément important, car c’est la majorité du réseau d’entreprises, elles ne peuvent ni faire de diagnostics, ni de plans particuliers.

Le CS : En fait, vous dites que le maintien ou le retour à l’emploi des seniors  repose sur la volonté et l’implication réelles de l’entreprise. Est-ce que ça doit nous rendre optimiste ?

Bruno Henriet : C’est vrai, il faut une vraie démarche de l’entreprise et c’est possible, parfois. Je vais vous donner un exemple, un peu machiste, mais concret : on a visité une usine qui avait un problème important, elle ne trouvait plus d’ouvriers hommes à recruter. Pour palier cette difficulté elle s’est dit qu’elle pourrait recruter des femmes.  Mais, et c'est là que c'est un peu macho, l’entreprise s’est dit que les femmes étaient plus fragiles et qu’elles ne pourraient pas faire les mêmes travaux que les hommes. Ce qui est intéressant c'est que l’entreprise a travaillé sur les postes de travail, afin  d’en atténuer la pénibilité : si ils ont fait ça pour les femmes, ils pourraient le faire pour des seniors. En fait, des choses se passent quand les entreprises ne peuvent plus faire autrement. Quand en toie de fond il y a des politiques qui incitent au départ anticipé, et c’était le cas dans les années 90 avec la préretraite, les entreprises n’agissent pas.

Le CS : On comprend qu’il y a un problème profond de culture, et en même temps, pour atteindre les objectifs européens fixés au sommet de Stockholm en 2001, il faut le dépasser. Comment faire ?

Bruno Henriet : Les mauvaises habitudes ont été prises et puis avec la réforme des retraites on va pousser les gens à rester le plus longtemps possible. Par ailleurs on sait que dans les discrimination à l’embauche , la plus fréquente c’est celle liée à l’âge. Ce qu’il faut aujourd’hui c’est viser le maintien des seniors en entreprise pour ceux qui sont encore en poste.  Mais je suis plutôt pessimiste sur la réintégration de seniors qui sont déjà demandeurs d’emploi et donc déjà installés dans une situation de retrait par rapport au travail. La seule chose que l’on peut faire selon moi c’est faire en sorte, à l’occasion de la réforme des retraites, que ceux qui étaient sur le point de partir restent. On ne peut pas revenir en arrière le but c'est de ne pas refaire les mêmes erreurs que par le passé.

Propos recueillis par Cécile Petident

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