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Fermeture obligée d'été
Publié le 05/07/2010
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Ce n’est pas aux professionnels de l’action sociale que nous allons l’apprendre : le soleil estival ne change rien aux besoins des populations fragiles.  Mais une réalité est là, dans le secteur social comme dans d’autres, pour des raisons très terre à terre, nombre de structures sont obligées de réduire la voilure. Les eaux Vives en Loire Atlantique ne font pas exception. Son directeur, Philippe Fieux, fait le point pour nous sur cette période un peu particulière de l’année et insiste sur la solidarité entre structures. 



Le Canard Social : Pour commencer, pouvez-vous nous faire une petite présentation des Eaux Vives ?

Philippe Fieux : L’association  se déploie autour de différents pôles : la mise à l’abri, l’hébergement et le logement, l’emploi et la mobilité et un pôle « Étrangers ». Nos 12 établissements sont situés à Nantes, Nozay, Blain, Savenay, Redon Fay–de-Bretagne. Au total, l’association emploie 80 personnes et compte 85 bénévoles pour 2000 personnes accueillies ou accompagnées sur un an.

LCS : Lorsque l’on est directeur d’une structure comme celle là, comment prépare-t-on l’été ?

Philippe Fieux : C’est la période de vacances ! Bénévoles et salariés ont le droit d’aller se reposer. Mais bien sûr, les personnes dont on s’occupe, elles, sont toujours là. Il y a toujours autant de monde à la recherche d’un abri, toujours autant de monde dans nos accueils de jour, ou notre halte de nuit.  Notre soucis, comme pour les autres c'est de trouver des solutions pour répondre à la demande tout en faisant face à la baisse du personnel pendant cette période.

LCS : Etes vous contraints de prendre des mesures particulières ?

Philippe Fieux : Par exemple sur l’accueil de jour oui. On ferme tout le mois d’aout. Il faut bien que nos bénévole soufflent un peu.

LCS : Une fermeture totale, c'est une réponse en moins pour les personnes habituées à venir à l’accueil ?

Philippe Fieux : Oui, mais du coup plusieurs associations se sont mobilisées pour proposer un accueil de jour mutualisé : la MAJ (ndlr : maison d’accueil de jour de l’association Francisco Ferrer) met à disposition ses locaux, et puis, nous, avec les restos du cœur, Brin de Causette (ndlr : association nantaise proposant un accueil café aux personnes sans abris) et  la fraternité protestante, on mobilise nos bénévoles. Ça permet de maintenir un accueil de jour dans la ville en août.

LCS : Ça se fait chaque été ?

Philippe Fieux : Non, c'est nouveau et ce sont les bénévoles qui gèrent eux même leur planning de disponibilité. La Banque alimentaire reste mobilisée aussi et nous fournit des denrées. Ça fonctionne comme ça, avec une vraie solidarité entre structures qui se développe de plus en plus.

LCS : Cette solidarité dont vous parlez, elle se manifeste autrement ?

Philippe Fieux : Je vous donne un autre exemple, notre accueil de jour, la Claire Fontaine est donc fermée en Août, or c’est là que nous préparons habituellement les repas qui sont ensuite distribués au foyer d’urgence et à la halte de nuit. Du coup c’est l’association Sant Benoit Labre qui nous fournit les repas, ils ont embauché pour cela un renfort dans leur cuisine, bien sûr on a contractualisé cet accord, mais toujours est-il qu’il est question de mutualiser, de faire ensemble.

L’Etat veut qu’on mutualise ? Eh bien on sait le faire sans injonction (rires !), le terme « injonction » est un peu fort, mais on le fait disons sans incitation particulière !!

LCS : Et sans cette solidarité ?

Philippe Fieux : On n’avait aucune solution, donc l’accueil aurait fermé mais sans autre proposition de rechange. Aujourd’hui je n’ai pas trouvé de solution pour rester ouvert toute l’année sur ces structures liées à l’urgence. Notamment en ce qui concerne la Halte de nuit, les problématiques des usagers sont telles que l’on doit renforcer le personnel. On est passé de 2 à 3 personnes présentes la nuit plus des bénévoles le soir et le matin, et pour compenser, on limite l’amplitude d’ouverture en fermant 8 semaines par an.

LCS : Est-ce qu’on doit y voir un lien avec un manque de moyen ?

Philippe Fieux : On manque de moyen aujourd’hui, mais ce projet de la Halte, impulsé par l’Etat est récent, encore dans une phase de lancement durant laquelle on doit démontrer l’efficacité, les moyens pourront donc être revus par la suite.

LCS : En fait, depuis le temps que l’on dit que, durant  l’été, la demande et les besoins des usagers ne faiblissent pas, on n’a pas trouvé de solution pour éviter la rupture dans l’offre ?

Philippe Fieux : Non et c’est un vrai paradoxe. La fermeture est une solution mais ce n’est pas la meilleure. C'est une réponse de gestionnaire et ce n’est pas satisfaisant mais on n’y peut rien. L’été, les bénévoles comme les salariés ont des projets, se retrouvent en famille. Mais attention, tout ça c’est propre à notre pôle mise à l’abri, car évidemment sur l’accompagnement plus long ou le logement on propose une continuité de service.

LCS : Par ailleurs, pour vous en tant que directeur, est-ce que l’été vous permet de prendre du temps pour boucler des projets, des dossiers ?

Philippe Fieux : Ah ! On aimerait bien, mais non ! L’été comme le reste de l’année, on est un peu bousculé.

Propos recueillis par Cécile Petident.

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