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APAJH : un revenu universel d’existence contre l’exclusion des personnes handicapées
Publié le 05/07/2010
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A l’occasion de son 34ème congrès national, la fédération des APAJH (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés) propose la création d’un revenu universel d’existence. A l’encontre du discours dominant sur la notion de travail facteur d’intégration, l’idée permettrait, selon ses promoteurs, de sortir de l’exclusion les personnes handicapées qui n’accèdent pas au monde du travail. Entretien avec Jean-Louis Garcia, président de la fédération des APAJH.



Jean-Louis Garcia, président de la fédération des APAJH (photo : APAJH)

Le Canard Social : Ce revenu universel d’existence, c’est quoi ?

Jean-Louis Garcia : Il s’agit d’un revenu au moins égal au SMIC et qui fusionnerait les minima sociaux en un seul. Ouvert à tous les bénéficiaires des minima sociaux, pas seulement aux personnes handicapées, il serait déconnecté de tout lien avec l’emploi.

Le CS : Dans votre réflexion, vous partez d’un constat, lequel ?

Jean-Louis Garcia : Aujourd’hui, la solution de l’allocation adulte handicapé (AAH) n’est pas satisfaisante. A taux plein, on approche les 700 euros. Or le seuil de pauvreté, c’est en dessous de 900 euros. Cela veut dire que dès lors qu’on est en situation de handicap sans travail, on est situation de pauvreté. Cela pose des questions éthiques à l’ensemble de la société et aux pouvoirs publics. Le Président de la République avait dit qu’il augmenterait l’AAH de 25 % sur 5 ans. La première année : rien. La deuxième : un peu plus de 5 % de hausse. Et la troisième : environ 1 %... Il y a encore du boulot !

Le CS : Pour vous, le système actuel ne permet pas aux personnes handicapées d’être autonomes ?

Jean-Louis Garcia : Au delà du montant, le mode de calcul des ressources est un facteur d’exclusion. Aujourd’hui, si deux personnes qui perçoivent l’AAH se mettent ensemble, l’AAH de l’un ne va pas « perturber » l’AAH de l’autre. En revanche, si une personne handicapée se met en couple avec une personne qui n’est pas en situation de handicap, la première va perdre l’AAH à cause des ressources du « bien portant ». Il y a là une véritable inégalité : dans ce cas de figure, la personne handicapée est financièrement dépendante de l’autre. Notre idée, c’est d’attirer l’attention des pouvoirs publics en disant qu’on a besoin d’un revenu universel lié à la personne et pas au groupe familial. Notre réflexion rejoint d’autres problématiques. Petit à petit, il y a dans notre pays un nombre de pauvres de plus en plus grand. Ce revenu pourrait s’appliquer à d’autres populations confrontées aux mêmes difficultés. Par exemple, une femme sans formation qui se retrouve abandonnée avec ses enfants du jour au lendemain par son mari, et qui ne peut pas s’en sortir.

Le CS : Vous pensez qu'avec notre système de protection sociale, on a changé d’époque ?

Jean-Louis Garcia : Après guerre, le Conseil National de la Résistance a bâti notre système de protection social avec l’idée que « chacun contribue en fonction de ses moyens et on reçoit en fonction de ses besoins ». On n’en est plus là aujourd’hui. Les personnes handicapées sont liées par exemple à la « sécu » par leur handicap qui nécessite des soins mais aussi tout simplement pour une banale grippe. Or l’Assurance maladie intervient de moins en moins et le reste à charge devient de plus en plus important. Le désengagement de la « sécu » et l’augmentation du forfait hospitalier impactent les plus faibles.

Le CS : En déconnectant votre idée de revenu universel d’existence de la notion de travail, vous allez à l’encontre du discours dominant ?

Jean-Louis Garcia : On dit beaucoup que la citoyenneté vient avec le travail. Or les personnes en situation de handicap ne peuvent pas toutes accéder à l’emploi et ceux qui en ont un peuvent également s’en éloigner à un moment de leur vie. Quand on écoute les discours « travailler plus pour gagner plus » ou quand on entend le Président de la République dire « je m’occupe de ceux qui se lèvent tôt pour travailler dur », je me dis qu’on ignore ceux qui ne peuvent pas travailler… C’est stigmatisant. On réfléchit trop dans notre pays au niveau du café du commerce. L’APAJH gère des ESAT, des entreprises adaptées, donc nous savons ce que veut dire intégration par le travail. C’est pourquoi, nous continuons à dire que le travail est un moyen d’insertion et de citoyenneté. En revanche, c’est un outil, un moyen, mais pas le seul. C’est vrai qu’on sort du discours dominant. Il y en a qui aimerait bosser mais qui ne peuvent pas : un autiste n’est pas un feignant à vie, mais il est porteur de quelque chose qui l’empêche de travailler ou d’accéder au travail. Ce n’est pas suffisant de dire que le travail est la seule et unique solution pour avoir sa place dans la société.

Le CS : Combien de personnes handicapées seraient concernées par ce nouveau revenu?

Jean-Louis Garcia : Ce qu’on sait c’est que dans le pays, on dénombre entre 1,5 et 5 millions de personnes qui relèvent du handicap. Mais cela va du handicap lourd à la carte d’invalide qui permet d’avoir une place dans le bus. On a du mal à compter, mais les spécialistes vont pouvoir préciser les choses.

Le CS : Lancer une telle réflexion en temps de crise, ce n’est pas risqué ? On va vous renvoyez l’argument du gel des dépenses publiques…

Jean-Louis Garcia : C’est parce qu’on est en temps de crise qu’il faut faire entendre haut et fort la voix des plus faibles. Pour le financement, on a lancé l’idée d’une TVA sociale. Cela ne peut passer que par la solidarité nationale. C’est l’affaire de la société toute entière. On se rend bien compte aujourd’hui que le handicap peut toucher tout le monde parce qu’il peut être aléatoire avec un accident de la route ou la naissance d’un enfant handicapé.

Le CS : Vous pensez pouvoir avancer rapidement avec les pouvoirs publics ?

Jean-Louis Garcia : Quand on lance un sujet pareil, il faut bâtir un calendrier. On n’est pas entrain de dire qu’il faut tout, tout de suite. Un rendez-vous est pris pour courant juillet avec le Ministre du travail Eric Woerth afin de travailler notamment là dessus. Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas entreprendre. Ce peut être plus ou moins long pour convaincre, mais on y arrivera. L’APAJH va bientôt fêter ses 50 ans, et on voit bien que beaucoup de choses ont changé depuis 1962 pour les personnes en situation de handicap, comme pour l’intégration scolaire par exemple. On ne veut pas seulement être poil à gratter. On met notre grain de sel dans le débat citoyen en faisant des propositions pour avancer.

Propos recueillis par Frédéric Lossent

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