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Emportée par deux crises
Publié le 12/07/2010
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La Lettre de l’Insertion par l’activité économique, éditée par la coopérative Alternatives économiques, publie ce mois son dernier numéro. Sa rédactrice en chef, Camille Dorival revient sur une aventure lancée en 1995. Et nous livre ses impressions sur l’évolution d’un secteur en crise. 



Camille Dorival, rédactrice en chef de La Lettre de l'Insertion contrainte d'arrêter la publication.

Le Canard social : Quelles sont les raisons de la cessation d’activité ?

Camille Dorival : Depuis sa création il y a quinze ans, la Lettre a toujours perdu de l’argent. On n’a jamais réussi à trouver un modèle économique. La coopérative Alternatives économiques, dont dépendait la publication, compensait les pertes. Mais ces dernières années, on s’est trouvé confronté à une forte baisse du nombre d’abonnés. Dans un contexte où la presse traverse une période sombre, il était plus prudent pour Alternatives économiques de cesser la publication de la Lettre.

LCS : Comment expliquez-vous cette chute des abonnements ?

Camille Dorival : Depuis le passage en 2008 d’une publication papier à une Lettre électronique, notre nombre d’abonnés est passé de 1000 à 700. Le secteur de l’Insertion n’est pas forcément familier avec le web. Et en temps de crise, beaucoup de structures nous ont fait savoir qu’elles n’avaient plus les moyens de s’abonner.

LCS : Que peut-on lire dans votre dernière lettre ?

Camille Dorival : On a souhaité proposer des articles d’actualité mais aussi une sorte de « best-of » des reportages de terrain que nous avons publiés depuis quinze ans sur des thématiques emblématiques. Une des plus values de la Lettre, pour beaucoup, était la diffusion de bonnes pratiques. Il nous a semblé intéressant d’en compiler une partie.

LCS : Quels sont ces reportages qui vous ont marqué ?

Camille Dorival : En novembre 2007, nous avions évoqué l’action de la CFDT à Sochaux. Le syndicat avait mis en place une aide à l’insertion pour les ex-intérimaires de l’usine Peugeot pour leur permettre de trouver d’autres pistes d’emploi. C’était une démarche originale dans le sens où les syndicats sont souvent méfiants envers l’insertion. Et cette expérimentation a été pérennisée.

Nous revenons aussi, dans cette dernière Lettre, sur une pratique de participation du réseau de Cocagne, dont les jardins utilisent le maraîchage biologique comme vecteur d’insertion. Leur idée d’accorder une importance particulière à l’expression de leurs salariés et à leur expérience de travail s’est révélée pionnière. Et s’est beaucoup répandue par la suite. 

LCS : Quel est l’avenir de la thématique au sein de la coopérative d’Alternatives économiques ?

Camille Dorival : La cessation de la Lettre n’a entraîné aucun licenciement puisque tout le personnel a été réintégré au sein du magazine Alternatives économiques. En conséquence, s’il n’y aura pas de rubrique spécifique, nous serons trois journalistes spécialisés dans le secteur. Et forcément, nous resterons attentifs à ces questions. Avec un contenu différent puisqu’il s’agira d’une information moins technique, à l’adresse du grand public. Et dont l’objectif sera de mieux faire connaître le secteur. 

LCS : Que pensez-vous avoir apporté au secteur de l’insertion à travers cette Lettre ?

Camille Dorival : Notre objectif était de contribuer à mettre en relation un secteur souvent éclaté entre différents réseaux. Nous souhaitions permettre un échange de bonnes pratiques tout en suivant l’actualité de l’insertion. On a ainsi cherché à parler de tous types de structures. A commencer par les ateliers et chantiers d’insertion, qui concernent des publics très éloignés de l’emploi. Mais aussi d’évoquer les entreprises de travail temporaire d’insertion ou les associations intermédiaires, plus proches de l’emploi. On souhaitait ainsi évoquer des manières de travailler et des publics très différents.

LCS : Comment avez-vous vu évolué le secteur ces dernières années ?

Camille Dorival : L’insertion dépend beaucoup de la volonté des pouvoirs publics. Un premier frein a été porté au début des années 2000 lorsque le gouvernement Raffarin a réduit le nombre de contrats aidés. Il y eut une relance sous l’ère Villepin. Mais depuis, c’est un peu un va-et-vient permanent qui a des conséquences directes sur les chantiers d’insertion.

LCS : Le débat sur les aides au poste, censée compenser la moindre productivité d’un salarié, est une problématique sensible ces derniers temps…

Camille Dorival : L’aide au poste n’a pas augmenté depuis plus de dix ans. Il existe aujourd’hui un fort mouvement de revendication pour demander une revalorisation qui se fait attendre.

LCS : Quelle a été l’impact de la crise sur le secteur ?

Camille Dorival : La crise aurait dû justifier le fait de renforcer les moyens, ça n’a pas été fait. Et les effets directs sur les entreprises d’insertion se sont fait fortement sentir. Alors qu’ils perdaient des recettes liées à la baisse de l’activité économique, ils n’ont pas eu le soutien financier nécessaire dans le même temps. Et un certain nombre de structures ont dû fermer leurs portes. 

 LCS : Et votre Lettre a été portée par cette spirale négative…

Camille Dorival : En quelque sorte, oui…

Propos recueillis par David Prochasson

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