S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
FNARS : « Le SIAO suppose que tout le monde joue le jeu »
Publié le 12/07/2010
partage

tags
entretien

Depuis plusieurs mois, les structures de l’accueil, de l’hébergement et de l’insertion sociale préparent la mise en place des SIAO (Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation). Voulu par l’Etat, ce nouveau dispositif vise à coordonner les acteurs et mutualiser les moyens pour améliorer l’adéquation entre l’offre et la demande. Entretien avec Jocelyn Leclerc, délégué régional de la FNARS (Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de réinsertion Sociale).



Jocelyn Leclerc, délégué régional de la FNARS en Pays de la Loire. (photo : F. Lossent)

Le Canard Social : Que va changer l’arrivée des SIAO ?

Jocelyn Leclerc : L’idée est que les personnes en demande d’hébergement et d’insertion puissent aller dans un endroit identifié dans chaque département, là où il y a une concentration de CHRS. L’objectif, c’est qu’une personne fasse une seule fois un entretien pour exposer sa situation au lieu d’en faire plusieurs dans différents CHRS.

De plus, le SIAO permet de changer d’angle de vue : dorénavant, on va chercher à adapter l’offre à la demande. Cela doit permettre d’éviter soit de forcer des individus à être hébergé coûte que coûte, soit d’en laisser d’autres dehors. Tout cela est basé sur un observatoire dans chaque département : c’est une bonne chose pour un secteur comme le nôtre qui manque de données et d’indicateurs précis.

LCS : Votre secteur a besoin de plus de lisibilité dans son action et ses moyens ?

Jocelyn Leclerc : Oui. Les pouvoirs publics ont raison de dire qu’il y a des places vacantes dans certains endroits, et en même temps les associations ont raison de dire qu’on ne peut pas loger n’importe qui, n’importe comment et n’importe où. On sait qu’il manque des places en qualité et en quantité, mais aujourd’hui à la FNARS, on est incapable de le prouver, et de l’autre côté, l’Etat est incapable de prouver que les associations ne font pas ce qu’il faut. On voudrait démontrer par exemple que certaines personnes sont envoyées dans des logements qui ne sont pas adaptés à leur situation. On regrette par exemple le fait que parfois on entasse encore des personnes en chambres d’hôtel et que d’autres se retrouvent en espaces collectifs inadaptés. On a tous intérêt à avoir une lecture juste de la situation pour partir de diagnostics partagés. Il y a longtemps que la FNARS est sortie de la logique du «toujours plus de moyens, toujours plus de places».

LCS : C’est un dispositif que votre fédération réclamait ?

Jocelyn Leclerc : En 2007, la FNARS a organisé une conférence de consensus sur les sans abri. En gros, la conclusion c’était qu’on manquait de lisibilité et qu’il y avait un écart entre l’offre d’hébergement et de logement existante et la demande qui augmente et qui est de plus en plus complexe. Cela a fait apparaître que l’image dominante c’est toujours le routard avec sa guitare dans le dos qui fait le tour de la France, alors qu’aujourd’hui les personnes à la rue sont plutôt des grands malades, des personnes en grande pauvreté, et puis aussi des personnes qui ne trouvent pas de place.

Alors, oui, nous avons demandé à mettre en place un nouveau dispositif de type SIAO. Du coup, certains de nos adhérents nous ont accusé d’être le bras armé de l’Etat… Mais c’était notre revendication de voir l’Etat co-construire ce dispositif avec des partenaires comme notre fédération. Il fallait qu’il en soit ainsi pour que la réforme améliore la prise en charge des publics, si et seulement si, ce n’était pas au détriment des conditions financières des CHRS. Nous disons : le SIAO permettra peut-être de faire des économies, mais pas la première année. Rappelons quand même qu’on n’est pas responsable de la disparition des milliers de lits dans les hôpitaux psychiatriques ou de l’augmentation des inégalités en France qui paupérise une partie de nos publics ! On ne peut pas à moyens constants s’occuper de plus de monde avec des difficultés plus complexes.

LCS : L’Etat met en avant la politique du « logement d’abord ». Vous êtes dans cette logique ?

Jocelyn Leclerc : Le dispositif SIAO affiche « le logement d’abord », ce à quoi nous répondons « d’abord le logement ». On est pour ce dispositif, mais certaines personnes très cabossées ne peuvent y prétendre sans accompagnement social. Il faut par exemple améliorer la fluidité des parcours entre l’urgence et le logement, et pour cela il faut avoir les moyens de bien accompagner. Nous avons une crainte à double titre. Il ne faut pas oublier complètement les publics qui ne peuvent aller en logement autonome sans un vrai accompagnement social. N’oublions pas les « vrais SDF » pour lesquels le logement n’est pas une solution. Certains ne sont pas toujours hébergés de manière continue, mais ils bénéficient par exemple de soins réguliers parce qu’ils sont suivis. Et se retrouver seul en logement autonome, c’est potentiellement perdre le lien avec le soin. L’autre crainte, serait d’amener les CHRS à sélectionner les publics à l’entrée pour avoir de bons taux de sortie. On craint la tarification à l’activité, avec des subventions en fonction des taux de sortie, le SIAO pourrait malheureusement y contribuer. Le Secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu, a affirmé qu’on resterait à la tarification à la place, mais nous restons vigilants.

LCS : L’arrivée des SIAO suppose de faire travailler ensemble des acteurs différents. Est-ce que ça demande de gros efforts ?

Jocelyn Leclerc : Le SIAO suppose que tout le monde joue le jeu dans chaque département avec une harmonisation des pratiques. Or il n’y pas forcément une culture de travail collectif dans notre secteur. Ce n’est pas inné de composer avec des histoires individuelles, des pratiques professionnelles différentes, des publics différents et des tailles d’établissements différentes. Aujourd’hui, les associations se considèrent plus dans une logique de survie individuelle que dans une dynamique collective. Mais l’ambition est que celui qui va porter le SIAO fasse consensus auprès de l’ensemble des acteurs. Selon les territoires, mieux vaut aller vers un regroupement d’associations comme en Vendée, Maine et Loire et Loire Atlantique où les structures volontaires se  dirigent vers la création d’une entité collective dans chaque département. Quant aux deux autres départements de la région, ils ont trouvé une association existante. Dans la Sarthe, la restructuration du secteur a déjà eu lieu il y a quelques années, le terrain était donc mature. Et en Mayenne, c’est moins complexe parce qu’il n’y a que 3 CHRS.

LCS : Quel est le calendrier pour la mise en œuvre du nouveau dispositif ?

Jocelyn Leclerc : Le « rushe » dure depuis 6 mois : les associations sont en ordre de marche pour le volet opérationnel. Cela devait être prêt fin juin, mais la mise en place a été repoussée en septembre 2010. Il faut avoir un calendrier serré, mais il faut aussi une méthode de la part de l’Etat. Or, c’est le contraire qui s’est passé. Avec la RGPP, la réorganisation des services de l’Etat, on voit bien que c’est difficile pour les échelons régionaux d’imposer une refondation. Nous, à la FNARS, on a mobilisé nos adhérents (90 % des CHRS des Pays de la Loire) : on a fait de l’information sur le SIAO, de la formation et on a lancé une dynamique de propositions. On attend maintenant que les services de l’Etat accélèrent les choses.

Propos recueillis par Frédéric Lossent

newsletter
facebook