S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
« Un cheval de Troie de la réduction des dépenses »
Publié le 19/07/2010
partage

tags
entretien
Pascal Dreyer, expert pour le réseau Recherches et Solidarités, est l'auteur de Etre bénévole aujourd'hui. il exprime ses réserves concernant les CPOM et les nouveaux modes de gestion qu'ils impliquent. 

Pascal Dreyer, spécialiste des questions de handicap.

Le Canard social : Quel est l’intérêt de ces contrats selon vous ?

Pascal Dreyer : « Ces contrats obligent les associations à formuler des projets qui pouvaient par le passé être noyés dans les grandes causes. Ils sont intéressants s’ils permettent de réfléchir à une organisation optimisée pour chaque structure. Et pour cela, ils doivent être portés par le conseil d’administration de l’association qui lui donnera un sens. Et non se limiter à être un seul outil gestionnaire.

LCS : Ces contrats vont-ils réduire les ressources des associations ?

Pascal Dreyer : Il faut rester vigilant sur la finalité de ces contrats. Leur logique est d’abord de réduire les budgets en introduisant le langage des entreprises dans des activités ayant pour mission le service à l’autre. Si le CPOM permet de s’inscrire dans le temps, il ne peut pas évoluer sans moyen financier, ni sans une réflexion globale. Sous couvert d’amélioration de la qualité, ces nouveaux modes de gestion semblent davantage être le cheval de Troie de la réduction des dépenses allouées aux personnes dépendantes.

LCS : Quelles pourraient en être les conséquences ?

Pascal Dreyer : Si les associations ne sont pas vigilantes au maintien des allocations, on pourrait voir revenir des formes de violence et de maltraitance. Quand il n’y a que des chiffres, on oublie les corps qui souffrent derrière une logique financière. Aujourd’hui, la demande des aides soignantes est d’avoir plus de temps pour s’affranchir du seul soin technique et davantage écouter et accompagner les patients. Du côté des familles aussi, les attentes ont changé : elles veulent une adaptation au rythme de vie de chaque patient. Cela suppose une organisation du travail personnalisée.

LCS : Que préconisez-vous ?

Pascal Dreyer : Il faut réinvestir ces contrats d’un projet de fond. Rationnaliser ne doit pas se faire au détriment du besoin des personnes et des spécificités du secteur médico-social. Aujourd’hui, les moyens sont mis autour de l’innovation. L’autisme ou Alzheimer par exemple ont le vent en poupe. Les autres handicaps l’ont moins. Or, quelqu’un qui a besoin de soins les aura toute sa vie. Et des besoins primaires ne demandent pas toujours d’innovation.

LCS : Les associations avaient-elles besoin d’être responsabilisées ?

Pascal Dreyer : Les associations étaient déjà responsables. C’est un fantasme français de penser que les associations sont en retard par rapport aux entreprises. Les contraintes budgétaires des associations sont beaucoup plus importantes que celles des entreprises. Avec ces contrats, on introduit la gestion de l’entreprise sans que l’association n’ait la liberté dont celles-ci disposent.

LCS : Ces contrats permettront-ils d’assouplir les procédures administratives ?  

Pascal Dreyer : Je ne pense pas. Ils devraient même demander plus de paperasses qu’il faudra ensuite redonner aux tutelles pour permettre un contrôle accru. Cela représente beaucoup d’énergie dépensée au détriment du service à la personne.

Propos recueillis par David Prochasson. 

newsletter
facebook