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Handicap : « privilégier un revenu par le travail plutôt que par l’assistanat »
Publié le 19/07/2010
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Entretien avec Paul Jeanneteau, député UMP du Maine et Loire, qui vient d’être nommé rapporteur sur les crédits de la mission « Handicap et dépendance » pour la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Il revient sur la déception du monde associatif vis à vis de l’augmentation de l’AAH différée dans le temps, sur la proposition d’un revenu universel d’existence par la fédération des APAJH et sur l’emploi des personnes handicapées.



Paul Jeanneteau, député UMP du Maine et Loire.

Le Canard Social : Comment réagissez vous à la déception des associations après l’annonce par le ministre du Budget d’une augmentation de 25 % de l’AHH en 6 ans au lieu de 5 ans comme s’y était engagé Nicolas Sarkozy avant d’être élu Président de la République ?

Paul Jeanneteau : Je comprends l’impatience des associations à voir cet engagement arriver à son terme. Mais rappelons que le gouvernement actuel est le premier à porter l’augmentation de l’Allocation Adulte Handicapé à 25 %. Il n’y a jamais eu un tel effort national pour l’AAH. Nous sommes dans une période de difficultés budgétaires, et la crise économique et financière que nous connaissons est sans précédent et personne ne l’avait prévue. Cela a forcément des conséquences sur les dépenses publiques. Maintenant, je ne suis pas entrain de dire que tout est parfait. C’est vrai que l’AAH n’est pas très élevée. Il faut continuer l’effort pour que cette allocation puisse atteindre un niveau correct et décent.

LCS : La fédération nationale des APAJH a récemment proposé de créer un nouveau « revenu universel d’existence » pour les personnes handicapées exclues du monde du travail. Vous en pensez quoi ?

Paul Jeanneteau : Sur le principe, je suis un peu surpris par cette proposition de la part des APAJH. On vit dans une société où l’intégration sociale se fait par le travail. Alors pour les personnes handicapées, il faut essayer de favoriser le travail comme pour tout un chacun. Et il vaut toujours mieux privilégier un revenu par le travail plutôt que par l’assistanat. C’est beaucoup plus valorisant, et c’est ma conviction. Je pense que la société doit proposer aux personnes handicapées un parcours qui se fasse le plus possible en « milieu ordinaire », c’est à dire dans les entreprises, même s’il y a des situations où il faut privilégier des structures adaptées comme les ESAT.

LCS : Vous avez été nommé rapporteur sur les crédits de la mission « Handicap et dépendance ». Sur quoi allez-vous mettre l’accent ?

Paul Jeanneteau : On travaille sur un sujet particulier, justement l’emploi des personnes handicapées, en « milieu ordinaire », c’est à dire dans les entreprises, les PME, les grands groupes, mais aussi les collectivités… Certes il y a certains types de handicap qui ne permettent pas d’accéder au travail, mais pour les autres situations, notre rôle d’élus est de tout faire pour lever les freins. Il y a pas mal de travail à faire, j’ai ce sentiment personnel à chaque fois que je rencontre des personnes handicapées et des associations. Pour les entreprises de plus de 20 salariés qui ne respectent pas leurs obligations, la pénalité vient de quadrupler par un décret qui la fixe à 13 000 euros. Cela montre bien qu’il faut parfois fixer des montants forts pour que les entreprises jouent le jeu sur l’emploi des personnes handicapées.

LCS : Quels sont les freins à l’emploi des personnes handicapées ?

Paul Jeanneteau : J’aimerai bien le savoir précisément. On sait qu’il y a des freins psychologiques : on se dit encore trop souvent qu’un salarié handicapé n’aura pas le même rendement ou la même assiduité au travail qu’un autre salarié. Je pense que c’est un des blocages forts de la part des chefs d’entreprise et cela renvoi à une question : est-ce que les compétences des personnes handicapées sont suffisamment reconnues ? Et puis il y a des blocages matériels : quand un bureau est au troisième étage d’un immeuble sans ascensur ou un poste de travail difficile d’accès, il faut faire des aménagements. On voit bien que c’est une question de moyens mais aussi de perception.

LCS : Sur la question de l’emploi, les attentes sont fortes de la part des personnes handicapées et de leurs familles. Vous le ressentez ?

Paul Jeanneteau : Oui, je rencontre et je vais continuer à rencontrer beaucoup d’acteurs sur le terrain. Je mets toujours en exergue le rôle des associations. Elles jouent un rôle majeur et il y a beaucoup de familles qui jouent bien le rôle de poil à gratter. Il faut reconnaître que le monde du handicap ne serait pas celui que l’on connaît aujourd’hui sans le rôle de ces familles.

LCS : Dans le cadre de votre mission, vous émettrez un avis sur les crédits alloués au secteur du handicap par l’Etat. Avec les contraintes budgétaires, vous ne craignez pas des budgets en baisse ?

Paul Jeanneteau : Je remettrai mon rapport courant octobre 2010. On verra alors quels seront les arbitrages, mais je n’ai pas l’habitude de pleurer avant d’avoir mal. L’année dernière, nous avons obtenu des avancées significatives : par exemple, 1400 places supplémentaires en ESAT et plusieurs dizaines de millions d’euros pour les MDPH. Cela ne fait pas longtemps que l’on prend vraiment en considération la place des handicapés dans la vie de tous les jours, c’est très récent. Il y a des progrès à faire, mais il y en a déjà eu beaucoup.

Propos recueillis par Frédéric Lossent

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