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Formation professionnelle : «l’Etat ponctionne des budgets qui préparent demain»
Publié le 26/07/2010
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Entretien avec Jean Philippe Magnen, vice-président (Europe écologie) du Conseil régional des Pays de la Loire. En tant que président de la commission «Emploi, formation professionnelle et métiers de demain», il réagit au projet de l’Etat de réduire de 30 % le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels. Un fonds destiné à aider des salariés et des entreprises à faire face à la crise par le biais de la formation.



Jean-Philippe Magnen, vice président du Conseil régional.

Le Canard Social : L’Etat envisage de réduire de 300 millions d’euros un fonds d’un milliard d’euros destiné à la formation professionnelle. Vous réagissez en parlant de «hold up»…

Jean-Philippe Magnen : Oui, les bras nous en tombent… Rappelons que le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels est un fonds national particulier constitué par les partenaires sociaux et l’Etat et qu’il se décline avec des dispositifs dans les différentes régions. Il permet de répondre aujourd’hui à la crise sur nos territoires en accompagnant des entreprises et des salariés par des actions de formation. Des conversions sont par exemple nécessaires dans certains secteurs industriels et cela nécessite des fonds de formation. Or dans le cadre de la rigueur, on constate que l’Etat ponctionne des budgets qui préparent demain et on continue de ne pas remettre en cause le bouclier fiscal. Compte tenu de la situation économique, je ne comprends pas la cohérence. C’est une attaque en règle du droit à la formation. Au contraire, il faut continuer de lutter en urgence et en même temps préparer la suite.

LCS : Concrètement dans la région, qu’apporte ce fonds national ?

Jean-Philippe Magnen : en Pays de la Loire, nous avons une charte tripartite de sécurisation de l’emploi par la formation entre Etat, Région et partenaires sociaux. Près de 5 000 salariés sont concernés dans plus d’une centaine d’entreprises. Cela représente 800 000 heures de formation. On accompagne le secteur du transport routier au sens large avec le pôle automobile au Mans, les chariots élévateurs à Ancenis ou les remorques de poids lourds dans le sud Vendée. Et puis il y a la navale à Saint Nazaire. Récemment nous avons décidé d’ajouter 250 000 euros pour aider STX à se diversifier vers le off-shore. Cela représente 400 emplois potentiels.

LCS : Tout ceci relance le débat sur la gestion financière de la formation professionnelle dans notre pays, dont on dit qu’elle coûte cher pour une efficacité qui ne serait pas toujours à la hauteur. Vous en convenez ou pas ?

Jean-Philippe Magnen : Effectivement, c’est un monde particulier où les enjeux financiers ont pris le pas sur la pédagogie. Alors, il faut peut être rationnaliser le nombre d’OPCA (organismes paritaires collecteurs agréés), il faut leur donner un rôle beaucoup plus précis dans l’accompagnement des salariés et des entreprises. Qu’on clarifie, qu’on rassemble des acteurs disséminés, on peut être tout à fait d’accord. Mais pas en faisant une coupe franche dans le budget. Rationnaliser, oui, couper les moyens, non.

LCS : La volonté du gouvernement de ponctionner une partie de ce fonds peut elle avoir des conséquences immédiates dans la politique régionale ?

Jean-Philippe Magnen : Je pense que c’est plutôt pour 2011 que c’est inquiétant. A ce stade, nous avons les moyens pour continuer jusqu’à la fin 2010. Notre charte de sécurisation de l’emploi par la formation professionnelle a un an, et on décide de continuer parce que les besoins vont s’accélérer de la part des salariés et des demandeurs d’emplois. Assurer la formation tout au long de la vie, cela fait partie d’une chaine : faire en sorte qu’on puisse passer plus facilement dans son parcours professionnel par des temps d’emploi et par des temps de formation.

C’est pour cela que nous venons de prendre la décision d’amorcer un schéma régional du développement économique et de l’emploi durable. L’idée est de mettre d’avantage en relation le développement économique avec l’emploi et la formation. L’action qu’on veut mener doit aussi toucher les PME et PMI de la région. On est entrain de construire une transversalité qui sera mise en débat et au vote des élus régionaux d’ici un an.

Propos recueillis par Frédéric Lossent

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