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«L’IAE : une nécessité en période de crise»
Publié le 16/08/2010
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« Sauver l’IAE. » C’est l’alerte que lancent quatre grands réseaux de l’insertion par l’activité économique. Main dans la main, la Fnars (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale), Coorace (entreprises de l’économie sociale et solidaire), le comité national des entreprises d’insertion et Chantier-école (ateliers et chantiers d’insertion) se mobilisent. Matthieu Angotti, directeur adjoint de la Fnars, explique les raisons de cette fronde. 



Matthieu Angotti, directeur adjoint de la FNARS, dénonce a "vision à court terme" des pouvoirs publics (Photo : Fnars)

Le Canard Social: Quels événements vous ont poussé à déclencher une mobilisation ?

Matthieu Angotti : Nous réagissons aux perspectives de la loi de finances 2011 et aux annonces faites par l’Etat sur les budgets. Le 15 juillet dernier, le conseil national de l’insertion par l’activité économique a posé les problématiques budgétaires de l’Etat. Les fédérations d’associations ont essayé d’exposer leur point de vue. Sans qu’il y ait forcément de dialogue.

LCS : Pourquoi les annonces de l’Etat vous alertent-elles ?  

Matthieu Angotti : L’Etat a pris conscience de la nécessité de ne pas diminuer les budgets. Il reste d’abord à prouver que cette volonté sera bien respectée. Mais surtout, et c’est ce qui nous inquiète, il n’y aura pas plus de moyens alloués. Or, les budgets sont largement insuffisants pour faire face à la montée de la précarité. La crise est loin d’être terminée et il faudrait au contraire mettre le paquet sur l’IAE pour la contenir.

LCS : Quelles sont les conséquences de ces difficultés financières ?

Matthieu Angotti : Deux phénomènes s’opposent. D’une part, les personnes exclues sont de plus en plus nombreuses en période de crise. Et dans le même temps, les structures de l’IAE ont tendance à moins pouvoir prendre en charge les personnes exclues. Les financeurs accentuent leurs exigences et demandent des taux de réinsertion rapide de plus en plus élevés. De facto, les structures peuvent être contraintes à devoir s’occuper d’une catégorie de publics qui ont la meilleure capacité de retour à l’emploi. Au détriment des personnes qui en sont le plus éloignées.

LCS : En quoi l’IAE en temps de crise économique vous semble essentielle ?

Matthieu Angotti : La crise a pour conséquence la flambée du chômage de longue durée. Et lorsque la machine économique produit de l’exclusion, des milliers de personnes ne parviennent plus à accéder au marché de l’emploi par leur propre moyen. Ils ont besoin d’un coup de main. L’IAE en est un. C’est une étape intermédiaire pour retrouver le marché du travail traditionnel. Et c’est un dispositif qui a fait ses preuves. Il permet d’éviter une situation beaucoup plus catastrophique pour des personnes qui seraient amenées à se désocialiser et cumuleraient des obstacles plus difficiles encore à surmonter. L’IAE coûte de l’argent mais à y regarder de près, elle coûte beaucoup moins que si on laissait la situation des gens se dégrader ou s’il fallait débourser des sommes pour les soins, pour le logement, etc.

LCS : Vous parvenez à chiffrer ces économies ?

Matthieu Angotti : L’économie est colossale. Mais la chiffrer est bien plus difficile que de savoir ce qu’elle coûte. Surtout pour un Etat orienté sur la question budgétaire. Avec une vision à court terme.

LCS : Outre les moyens, vous vous inquiétez de la remise à plat plus globale du secteur…

Matthieu Angotti : L’Etat a émis des conclusions intermédiaires pour réorganiser le secteur. Ces conclusions faisaient suite à des expérimentations en cours depuis quelques mois. Leur objectif est de revoir les modalités de financement et les critères qui les déterminent. L’IAE comprend une multitude de structures distinctes avec des publics différents. Chacune d’entre elles peut avoir des financeurs multiples autour de modalités elles aussi différentes. La volonté de l’Etat est de permettre une meilleure coordination entre ces financeurs autour de plans pluri-annuels. Nous ne sommes pas hostiles à remettre en question à la fois cette multiplication des financeurs et à la fois notre impossibilité de voir à long terme. Mais nous demandons à l’Etat d’aller plus loin dans son analyse et de prolonger l’expérimentation. Pour le moment, nous n’avons pas eu de garantie sur la cohérence des financeurs ni sur la définition des critères qui nous semble arbitraire. On sera vigilant sur l’analyse faite.

LCS : Quels sont vos moyens d’actions et selon quelles échéances ?

Matthieu Angotti : On souhaite mobiliser le plus largement possible l’opinion publique. L’IAE n’est pas un secteur lisible au plus grand nombre mais il est pourtant essentiel. L’objectif n°1, c’est de mettre l’Etat face à ses responsabilités et lui faire comprendre qu’en période de crise, le maintien de l’IAE est essentiel. Ça passe d’abord par trouver un écho dans les médias bien que la période estivale ne soit pas propice. Aujourd’hui, on répond en temps et en heure aux annonces de l’Etat. Nous n’avons pas d’échéance fixée. Nous lançons une première alerte. En tant que fédération, nous sommes une force de dialogue. Et nous pouvons faire remonter les expériences du terrain pour interpeller les pouvoirs publics.

LCS : Comment pensez-vous peser sur les arbitrages financiers ?

Matthieu Angotti : Nos analyses peuvent démontrer, argument à l’appui, la nécessité de nos actions. On essaye d’influer en tant qu’expert qui bénéficie de retours sur le terrain. A travers cette mobilisation, on souhaite convaincre de la nécessité de concevoir de véritables politiques publiques et sociales. Que l’Etat ait une vision à long terme qui fasse sens et sorte de la politique politicienne qui tricote et détricote sans cesse.

LCS : C’est une critique récurrente…

Matthieu Angotti : Oui mais aujourd’hui, on traverse très clairement une période d’absence de vue sur le long terme. On est dans une séquence très inquiétante et on veut rappeler aux responsables politiques la nécessité de voir loin. A cet égard, l’IAE est un bon exemple : ce n’est pas en deux jours qu’on ramène une personne à l’emploi.

Propos recueillis par David Prochasson

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