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Les associations caritatives submergées
Publié le 26/04/2010
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analyse

Dans la région cet hiver, les demandes d’aide sont en nette hausse. La tendance de l’an dernier est confirmée : les effets de la crise se poursuivent et de nouveaux publics font appel au secteur caritatif.



Des bénévoles du Restos du coeur préparent l'intercampagne à Saint Herblain (44) (Photo : S. Averty)

Le Secours populaire, les Restos du cœur et le Secours catholique dressent le même constat dans la région, les demandes d’aide d’urgence en alimentation ou en habillement enregistrées cet hiver ont connu une hausse sans précédent : de 10 à 40% selon les structures et les départements. A l’occasion du lancement des inscriptions pour leur intercampagne, les Restos du cœur de Loire-Atlantique ont fait le bilan de la campagne d’hiver, marquée par une hausse de 17% de bénéficiaires, alors que l’augmentation au niveau national est de 5%. Les bénévoles des restos ne s’expliquent pas cet écart. Au total, 17000 personnes et 1000 bébés ont été  accueillis dans les 33 centres de distribution du département. Dans le Maine et Loire, les associations caritatives ont dû faire face cette année à un afflux massif de demandeurs d’asile qui viennent chercher une aide alimentaire. Ils représentent 70% de la centaine de personnes accueillie chaque jour par le secours populaire d’Angers. Le Maine et Loire concentre à lui seul 45% des demandeurs d’asile de la région des Pays de la Loire.

Durablement précaires

Les familles monoparentales représentent toujours la majorité des bénéficiaires. Fait nouveau : «on est confronté à des familles qui s’enfoncent dans la précarité et ne s’en sortent pas» constate Stéphane Lepage. Le secrétaire général du Secours populaire 49 s’inquiète : «auparavant, on voyait des gens qui venaient pour une aide ponctuelle. Il y avait un certain roulement. Chez nous, on réétudie les dossiers tous les trois mois, et de plus en plus, on voit les mêmes familles revenir. L’idée n’est pourtant pas de fidéliser les personnes au contraire.» Dans la Sarthe, les chômeurs en fin de droits sont également nombreux à solliciter le soutien du Secours populaire, dans l’attente des réponses à leur demande de RSA : les délais de traitement sont montés à trois mois. La CAF a même dû fermer pendant une semaine pour rattraper son retard. Celle de la Vendée garde porte close pendant deux semaines jusqu’à début mai pour les mêmes raisons.

Autre constat commun à tous, une hausse continue du nombre de retraités parmi les personnes accueillies : le Secours populaire sarthois a aidé deux fois plus de retraités que l’an passé. Même tendance relevée par les Restos du cœur de Loire-Atlantique, confrontés à un nombre croissant de retraités qui ne s’en sortent plus avec le minimum vieillesse. Quant aux jeunes en difficulté, ils n’hésitent plus à pousser la porte des structures caritatives. A Angers, les accueils hebdomadaires à destinations des moins de 25 ans, mis en place il y a quatre ans par le Secours populaire ne désemplissent pas : ils sont une soixantaine à se présenter chaque lundi soir. Parmi eux, des étudiants sans ressources.

Des nouveaux profils de bénéficiaires

La crise est passée par là, modifiant les profils habituels des personnes accueillies. Les jeunes ménages, primo accédant à la propriété en zone rurale en font désormais partie. Quand l’un des membres du couple perd son emploi, le fragile équilibre financier du ménage s’en trouve affecté.  Stéphane Lepage évoque également la détresse des agriculteurs, relayée par les syndicats laitiers : «Il faut qu’on trouve un moyen pour aller vers eux parce que pour l’instant, ils ne viennent pas nous voir alors qu’on sait que certains d’entre eux sont en grave difficulté.» Le solidaribus, permanence d’accueil mobile du Secours pop’ qui sillonne les zones rurales du Maine et Loire n’est visiblement pas suffisant. Les populations touchées brutalement par la précarité ont souvent du mal à franchir les portes des associations d’aide. Dominique Desarthe du secours populaire 72 le confirme : «Ils viennent nous voir en dernier recours, lorsqu’ils sont à bout et ne s’en sortent plus.» En Loire-Atlantique, les agriculteurs qui ne peuvent plus dégager de salaire font désormais partie des bénéficiaires réguliers des restos du cœur. Une situation inattendue qui conduit Michel Guery, administrateur délégué  à pointer ce paradoxe : «les gens qui cultivent la terre pour nous nourrir n’ont plus de quoi se nourrir eux-même, c’est quand même un comble.» Les travailleurs pauvres et les commerçants, artisans en faillite sont aussi venus grossir les effectifs.

Manque de moyens

Pour faire face à cette demande croissante, les restos ont bénéficié, fort heureusement d’un accroissement sensible des dons : la collecte nationale a récolté 26% de dons alimentaires supplémentaires. De quoi répondre aux quantités nécessaires pour fournir 6 repas par semaine et par personne pendant la campagne d’hiver qui voit sortir des entrepôts 130 tonnes de marchandises chaque semaine en Loire-Atlantique. La solidarité n’a pas faiblit mais l’intercampagne s’annonce difficile. Les inscriptions arrivent en nombre. Les bénévoles redoutent cette période, où faute de dons, moins de repas sont distribués tandis que les critères pour avoir droit à l’aide alimentaire se durcissent : «On est obligés de dire non à plus de la moitié des gens qu’on reçoit habituellement pendant la campagne d’hiver, c’est très dur. On fait attention aux mots qu’on emploie : on ne peut quand même pas leur dire qu’ils ont trop de ressources, c’est juste que nos barèmes sont très très bas pendant l’intercampagne» précise, une retraitée bénévole. Des restrictions qui s’expliquent par le fait que les colis distribués pendant l’intercampagne proviennent uniquement des dons locaux. D’où l’appel à de nouveaux dons lancé par Michel Guery, à destination des entreprises et des particuliers.

Dans le Maine et Loire, le secours populaire tente de sortir ses finances du rouge, en sollicitant l’aide des collectivités locales. La trésorerie de la structure a été mise à mal par les 40% d’augmentations des demandes d’aide alimentaire. L’association a toujours répondu aux demandes d’urgences, tout en développant des actions pour l’accès aux loisirs et à la culture de ses bénéficiaires. Mais la gestion de l’urgence prend de plus en plus de place et coûte de plus en plus cher. 

Sophie Averty

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