S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
Le personnel de l’Institut Lamoricière ne veut plus se faire taper dessus
Publié le 05/04/2012
partage

tags
reportage
ase
Nantes
itep
violence
éducateur

Un mouvement de grève massif de 24 heures a lieu ce jeudi 5 avril à l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (ITEP) Lamoricière à Nantes. Les salariés veulent imaginer avec leur direction des mesures pour endiguer la violence des usagers envers eux. 

Article mis à jour le 6 avril 2012 avec les propos de la directrice de l'ITEP Nicole Odéon.



Le personnel en grève de l’ITEP Lamoricière organise son mouvement devant leur lieu de travail à Nantes jeudi 5 avril 20123 (photo : A. Penna).

Gérer des actes violents, à l’Institut de Lamoricière comme dans tous les ITEP, c’est le lot quotidien des travailleurs sociaux (voir notre article sur la gestion de la violence dans les ITEP). « Mais cette fois, dans les actes des usagers sur le personnel,  on est passé au dessus de la ligne supportable : ce ne sont plus de petites incivilités, insultes ou crachats mais bien des agressions physiques très destructrices », explique un délégué syndical CFDT, éducateur à l’institut Lamoricière depuis 1978. Un autre éducateur délégué syndical CGT confie : « On ne vient pas pour travailler en se disant je suis éducateur donc je vais me faire taper dessus. Oui, la violence existe mais il ne faut pas la banaliser pour justifier ce que l’on vit au quotidien. » Selon eux, la violence est devenue un phénomène qui s’autoalimente. On peut même parler de maltraitance. Ils n’en peuvent plus.

D’où cette grève de 24 heures pour mettre un point d’arrêt à cette dégradation. C’est un mouvement interne sans précédent puisque selon les grévistes, ils seraient environ 80 sur une centaine de salariés à avoir débrayé. La grève a été décidée très vite, suite à la nouvelle agression de l’un d’entre eux la semaine dernière. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, déjà bien plein suite à la découverte d’une bombe artisanale et à un nez cassé en janvier.

Des usagers de plus en plus durs à prendre en charge

Quant aux causes de cette spirale inquiétante, les éducateurs sont unanimes pour mettre d’abord en avant le « vieillissement » du public accueilli. Depuis 2 ans, l’institut Lamoricière a l’agrément pour prendre en charge des jeunes âgés de 16 ans à 20 ans. Certains d’entre eux fréquentent l’institut depuis des années et ne respectent plus les professionnels depuis longtemps. Comme l’explique un éducateur : « avec eux, notre autorité doit être davantage construite, mais on ne nous laisse pas le temps pour ça ». Et puis ceux qui ne relèvent pas forcément d’un ITEP ne peuvent pas facilement être réorientés : avec le manque de place dans les structures de l’ASE et la fermeture des foyers de la PJJ, les portes de sorties sont de plus en plus rares. Enfin, de moins en moins de pédopsychiatres interviennent au sein de l’établissement, ce qui n’aide pas la prise en charge.

La direction doit poursuivre ses efforts

Les grévistes se disent conscients qu’il n’y a pas de solution miracle mais uniquement des réponses complexes. D’autant plus dans un contexte général de pression budgétaire. Comme ils l’ont écrit dans la liste de leurs revendications, ils reconnaissent que leur «  direction fait des efforts pour prendre des mesures dans l’intention d’endiguer les phénomènes de violence », mais ils regrettent que ce ne soit que des « mesures tardives qui n’ont qu’un effet provisoire ». L’action se met timidement en place, les salariés n’ont pas l’habitude d’en arriver là et ne veulent pas rompre le dialogue avec la direction. Au contraire, ils souhaitent « construire avec elle une logique à long terme et mettre au point des solutions innovantes ». 

La direction s’est engagée à travailler avec les salariés en groupes du travail, sur les thèmes qu’ils proposeront. « Je les comprends, moi aussi j’en ai marre de cette violence, même si elle fait partie de nos missions », affirme la directrice de l’ITEP Nicole Odéon, qui assure prendre régulièrement des sanctions très fermes à l’encontre des jeunes. Elle reconnaît que les plus 16-20 ans nouvellement accueillis posent davantage de problème, et que même si les salariés ont voté le principe de leur prise en charge, il faut trouver comment s’y prendre avec eux. Elle assure mettre en œuvre son possible. Tout le personnel a pu notamment bénéficié ces deux dernières années d’une formation de 6 jours sur la gestion de la violence, pour mettre en place un langage commun. Une réflexion est aussi en cours entre l'institut et ses partenaires, dont sa tutelle financière l’ARS, le Conseil général et les autres ITEP, pour la prise en charge des jeunes les plus durs et la mise en place d’un logique à plus long terme. « Mais avec les contraintes financières, il est déjà dur de faire tourner la structure. On ne nous laisse pas le temps de réfléchir à des solutions innovantes », concède la directrice. « Nous en sommes conscients mais les choses doivent avancer», insistent les représentants du personnel, qui assurent qu’ils resteront vigilants. 

Armandine Penna

newsletter
facebook