S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
« Super-chômeur » contre le journaliste
Publié le 07/06/2010
partage

tags
édito
Tout avait bien démarré : lors d’un rassemblement de « précaires et de chômeurs » sur une place publique d’une ville de la région, la discussion était plutôt bien engagée. Sous couvert de l’anonymat, des personnes témoignent et revendiquent.


« On ne veut plus subir le flicage mensuel des « radiateurs » de Pôle emploi », « le RSA est un mensonge énorme, ça ne marche pas », « les travailleurs sociaux font du chantage aux allocations ». Le ton est aussi cordial que les rancœurs de ces « précaires » sont intenses. Dans son ambition de recueillir la parole de ceux qu’on appelle tout à tour usagers, bénéficiaires ou tout simplement public, le journaliste se dit qu’il tient un bon papier. De quoi faire réagir les acteurs de l’emploi et de l’insertion.

Et puis, patatra, les discussions tournent court : certains membres du collectif s’opposent à des prises de vue au nom du droit à l’image. Ce ne sont pas des porte paroles, mais ils semblent vouloir imposer aux autres leur vision des choses. Le journaliste ne se démonte pas : « c’est pour faire une photo de groupe d’une manifestation publique dans la rue au vu et au su de tous. » « Non, non, non », fin de non recevoir. Le porte-plume tente une autre  approche : « on parle du fond, alors ? ». « Non, plus. Les journalistes nous présentent comme des feignants, on ne parle plus à la presse. » La situation est cocasse : dans une bande dessinée conçue par des militants et remise de main en main ce jour là, la même scène est relatée voire clairement assumée. On y voit « super-chômeur » renvoyer un journaliste dans ses cordes, selon un mode opératoire très similaire avec les mêmes arguments.

Triste dialogue de sourd sur fond d’amertûme… D’autant plus regrettable que d’autres voix rares dans les médias s’organisent pour trouver des manières pertinentes d’interpeller le grand public et les décideurs. Par exemple, ATD Quart Monde va réunir à la fin du mois dans l’ouest des personnes en situation de grande pauvreté et des journalistes autour de la même table « pour faire tomber les peurs » des uns envers les autres. Une approche qui paraît à la fois constructive et essentielle pour que les exclus de la société ne soient pas aussi exclus de l’espace médiatique.

Quoiqu’il en soit, le journaliste ne lâchera pas le morceau avec le collectif de « précaires et de chômeurs ». A la prochaine manif, ce sera rebelote, il tentera le coup à nouveau avec des interlocuteurs moins obtus. Parce que si chacun a le droit de garder le silence, personne ne peut l’imposer à tous.

Frédéric Lossent
newsletter
facebook