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Des chefs d’entreprises au parloir
Publié le 05/04/2012
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Des visiteurs pas comme les autres ont rencontré des détenus jeudi 5 avril au centre de détention de Nantes : des chefs d’entreprises, responsables de centres de formation ou d’agences d’intérim venus participer au deuxième Carrefour des métiers.



Une personne en détention et un chef d’entreprise échangent lors du Carrefour de métiers au centre de détention de Nantes (photo : A. Penna)

Une porte s’est ouverte pour Cyril*, enfin si on peut dire. Cet homme de 33 ans incarcéré depuis juin dernier a bien fait de s’inscrire au Carrefour des métiers organisé pour la deuxième fois dans le centre de détention de Nantes par l’administration pénitentiaire, en collaboration avec le MEDEF de Loire-Atlantique et Pôle emploi. Il y a dégoté un stage de 15 jours chez un traiteur. Si le juge lui en donne l’autorisation, ces deux semaines en sortie conditionnelle (dans l’entreprise le jour, en prison la nuit) vont lui permettre de faire une Évaluation en milieu de travail (EMT) à l’instar de tout demandeur d’emploi. Cyril est enthousiaste : « cela va me permettre d’évaluer mes compétences et de voir si je n’ai pas perdu la main.»

Premier contact pour la suite

Derrière les barreaux, le détenu travaille actuellement dans « la buanderie », « je m’occupe du linge ». Mais il veut revenir aux « métiers de bouche » : dans sa vie d’avant, il été boulanger et ouvrier dans l’agroalimentaire. Alors parmi la vingtaine de stands aménagés dans le gymnase du centre de détention, entre ceux des différents chefs d’entreprises, des responsables de formations ou d’agences d’intérim, il a tout de suite repéré celui du traiteur.

S’il ne bénéficie d’aucun aménagement de peine, Cyril en a pour jusqu’à fin 2013. Du temps « libre » qu’il compte bien mettre à profit pour remplir le trou sur son CV. « Je suis obligé de penser à après, surtout pour mon enfant », confie le jeune papa. Alors il est motivé pour anticiper sa sortie. Après l’EMT, il parle d’enchaîner sur une mission d’interim, de passer son permis de cariste, et se prend déjà à rêver d’un CDI. « Mais d’abord, il va falloir reprendre le rythme », concède-t-il avec réalisme.

Prêt à faire confiance

Sébastien Payen, le fameux traiteur qui lui a donné sa carte de visite, dit comprendre : « quand vous passez 2 à 3 ans enfermé, coupé du reste du monde du travail, vous avez besoin de sentir les choses ». Le dirigeant était déjà entré dans une prison pour y livrer des petits-fours, mais jamais pour y rencontrer des prisonniers. Quand le MEDEF lui a proposé de participer à ce Carrefour des métiers, il s’est senti comme investi d’une « dette morale », il n’a pas hésité. « J’avais envie d’y aller car je savais que eux ne pouvaient pas venir. Je me suis dit tu entres et tu verras bien ». Le chef de l’entreprise Le Carré des délices a vu et surtout écouté une vingtaine de personnes en détention, a proposé deux stages et deux missions d’interim. Il se dit décidé à accorder sa confiance.

Sens du risque

Beaucoup de patrons seraient prêts comme lui à reconnaître les compétences de ces travailleurs potentiels et à faire fi de leur passé, si l’en en croit le représentant du MEDEF de Loire-Atlantique Vincent Charpin. Ce chef d’entreprise pense même que les anciens détenus doivent « assumer leur parcours pour le tourner en atout ». Il fait un parallèle osé : « Ces personnes ont par exemple fait preuve d’un certain sens du risque, utile à l’entrepreneuriat ! » À l’heure des bilans, le MEDEF invite donc à développer encore plus, la prochaine fois, l’information sur la création d’entreprise et aussi le réseau des patrons présents.  « Tant mieux », pense cet autre détenu, « déçu de n’avoir pas pu rencontrer plus de chefs d’entreprises ». Parmi les 75 femmes et hommes qui se sont succédés par groupes lors de cette journée, c’est sûr, tous n’ont pas vu une porte s’ouvrir comme Cyril. Lui rêvera ce soir qu’il fait des petits fours, loin des barreaux.

Armandine Penna

* Le prénom de cette personne a été volontairement changé pour préserver son anonymat.

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