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Faiseur d’autoportraits
Publié le 03/05/2012
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Photographe installé au Mans, Georges Pacheco est autant auteur que vecteur : pour faire des images très humaines de personnes en marge, il n’hésite pas à leur confier son déclencheur. 



Le photographe manceau Georges Pacheco réalise actuellement un travail sur l’exclusion avec les habitants de la résidence sociale Nelson Mandela, au Mans (photo : A. Penna).

Il y des photographes pressés qui shootent dans tous les sens en se disant qu’il y en aura bien une de bonne. Et puis il y a ceux qui réfléchissent longuement avant d’appuyer sur le déclencheur. Georges Pacheco appartient sans aucun doute à la deuxième catégorie. Installé au Mans, ce photographe professionnel de 48 ans d’origine portugaise revendique une éthique particulière de l’objectif, une approche très humaine de son sujet. « J’essaie toujours d’imaginer la meilleure démarche pour entrer en relation avec la personne en face de moi et la photographier dans le respect.»

Rôle de vecteur

La casquette enfoncée sur sa tête dissimule ses yeux qui brillent. Petit gars plutôt discret, pas forcément bavard, Georges Pacheco a pourtant les mots qui jaillissent de sa bouche quand on le branche sur sa manière de travailler. « Plus je deviens photographe et moins je fais de photographies. » C’est un peu sa marque de fabrique : la photographie unique voire l’autoportrait unique. Il se concentre sur la démarche, mais il passe très peu de temps à la prise de vue. Il confie même souvent le déclencheur à la personne qu’il immortalise. Comme à ces tétraplégiques qui roulent dessus pour l’actionner ou à ces aveugles qui ne verront jamais le résultat. On lui a dit à Arles, grand rendez-vous national de la photographie où son travail a été présenté : « c’est super votre boulot, mais vous n’êtes pas le photographe ! ». Lui répond : « j’assume mon rôle de vecteur. »


Acte responsable

Un rôle qui fait que ses portraits n’ont rien à voir avec un photomaton« Tout est dans la rencontre, ce qui compte c’est la façon dont je parle aux gens avant et après. » Pour Georges Pacheco, photographier est un acte responsable où chacun doit trouver son compte. La mise en confiance est d’autant plus nécessaire qu’il s’attaque à des problématiques fortes, loin des clichés de modes qu’il a fait autrefois pour apprendre la photographie de studio et pour payer sa gamelle



Photo de Georges Pacheco extraite de sa série "le regard des aveugles."
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Avec un sens

Finie donc la photo alimentaire et superficielle de mannequins payés pour être à sa disposition. Georges Pacheco se concentre sur une photographie la plus juste possible, au risque de ne pas en vivre très correctement. Les sujets arrivent toujours dans sa vie « avec un sens », et se mettent en place méthodiquement : idée, écriture d’un projet, contacts avec des associations pour le réaliser. Il a ainsi persévéré 4 ans dans la série « le regard des aveugles », interpelé par ceux qui mendiaient dans la rue. La série « la déambulation des âmes » a elle pris forme dans les longs échanges avec un ami dont le fils handicapé moteur cérébral était mort pendant la terrible canicule. Les personnes paralysées ont appuyé sur la poire comme elles pouvaient, avec la main, la tête ou la roue de leur fauteuil. Elles se représentent entre désir et capacités limitées du corps, le visage parfois contracté par l’effort. « Le portrait final, ce n’est pas forcément la photo  la plus belle, mais la plus vraie ». La série « miroir mental » s’est faite avec une amie artiste qui intervenait auprès d’handicapés mentaux : des autoportraits dessinés entrent en écho avec les autoportraits photographiques.


Photo de Georges Pacheco extraite de sa série "la déambulation des âmes."


Parcours difficile

Ce qui intéresse Georges Pacheco, ce sont toutes les identités, toutes les différences. « Les gens à côté de la norme : comment on fait pour vivre quand on est handicapé, dans un parcours difficile… je me sens quelque chose de commun avec eux .» Georges Pacheco a réfléchi sur sa propre identité. Arrivé en France enfant, rejetant sa culture ado, il a fini par retourner au Portugal sur les traces de ses origines. Il s’est aussi battu pour faire ce qu’il était. Plutôt destiné à la comptabilité par un modèle familial pragmatique, il s’en écarte en terminale, l’esprit ouvert par son prof de philo. Il se lance alors dans des études poussées de psychologie expérimentale de la perception et de psychologie de l’art, tout en apprenant tout seul à se servir de son boîtier manuel… Ce n’est donc pas anodin si son approche de l’image est influencée par les grands maîtres de la peinture et surtout très psychologique. « Par L’acte photographique, on ramène la conditions humaine de l’autre  à soi même… et on trouve en l’autre quelque chose de soi.»




Photo de George Pacheco extraite de sa série "miroir mental".

Reconnaissance

Débarqué au Mans en 2001, c’est dans cette ville qu’il continue depuis sa quête de la photo psychologique, sincère et responsable.  Contacté par le directeur de la résidence sociale Nelson Mandela, il commence actuellement un travail de longue haleine avec ses « résidants ». Cette série de portraits autour de l’exclusion intitulée « mémoire d’oubliés » sera finalisée dans un livre. Georges Pacheco n'a commencé à photographier les volontaires de Nelson Mandela qu'après avoir appris à les connaître lors de longs entretiens, histoire de ne pas entrer trop brusquement dans leur vie. « Ce n’est pas pour faire de la psychologie d’eau de vaisselle mais pour prendre en compte ce qu’ils sont ». Georges Pacheco aimerait multiplier ce genre de collaboration avec des structures du social et vivre de ce à quoi il croit, lui qui lutte depuis plus de 13 ans pour défendre son rapport à la photographie. La reconnaissance est longue. Il vient de gagner un prix la catégorie portrait au prestigieux concours des photographies de l’année pour une série plus consensuelle sur des femmes allaitantes. Un encouragement. Nous aussi l’encourageons.

Armandine Penna

Voir son site : http://www.georges-pacheco.com/

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