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Des travailleurs sans-papiers veulent faire payer Leclerc Paridis
Publié le 04/05/2012
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Les trois ex travailleurs sans-papiers grévistes dits de Leclerc Paridis demandent réparation devant le Conseil des prud’hommes de Nantes. Accompagnés par la CGT, ils espèrent la condamnation solidaire de leur employeur Sécuri-Ouest et de son donneur d’ordres Leclerc Paridis.



Balla, Centre-africain, Samir et Bakary, Ivoiriens, anciens agents de sécurité sans-papiers, attaquent devant les Prud’hommes de Nantes leur employeur Sécuri-Ouest ainsi que son donneur d’ordres Leclerc Paridis (photo : A . Penna)

Ils piétinent devant la porte du Conseil des Prud’hommes de Nantes, inquiets : leur avocat a beaucoup de retard. Samir, Balla et Bakary jouent gros aujourd’hui devant ce tribunal. Ces  trois hommes d’origine africaine sont ceux qu’on appelle « les travailleurs sans-papiers de Leclerc Paridis ». C’est désignés ainsi qu’ils sont devenus célèbres un peu malgré eux, depuis leur action de grève commencée en mai 2009. A l’époque, ils sont salariés de l’entreprise Sécuri-Ouest, qui les fait travailler comme agents de sécurité sur le site de Leclerc Paridis. Mais leur employeur les exploite, en total irrespect du droit de travail. « Heures sup non payées, pas toujours de bulletins de paie, contrat à temps partiel pour du plein temps voir même 7 jours su 7, conditions de travail dissimulé…. » énumère Philippe Gaulthier, référent juridique de l’Union locale CGT de Loire-Atlantique.

Préjudice subi

La CGT s’est déplacée en nombre pour remplir la salle d’audience des Prud’hommes. Ce syndicat, rejoint par des militants de l’UCIJ (union contre l’immigration jetable), avait encouragé les travailleurs sans-papiers à se lancer dans un mouvement de grève dans l’espoir d’obtenir leur régularisation par le travail. Quand ces travailleurs se sont retrouvés licenciés pendant l’été 2009 suite à ce mouvement, la CGT avait coordonné la solidarité pour qu’ils puissent avoir quelques revenus. Aujourd’hui, les trois sont en partie tirés d’affaires car ils ont des titres de séjour les autorisant à travailler (voir notre article au moment où le dernier d’entre eux a été régularisé en septembre 2010). La CGT les soutient cette fois pour qu’ils obtiennent réparation.

« Nous allons enfin passer devant le tribunal,  après trois ans de manœuvres dilatoires de la partie adverse. Et nous comptons bien faire valoir le préjudice que nous avons subi », confirme Samir, 32 ans, d’origine Ivoirienne. Il sait de quoi il parle lui qui s’exprime parfaitement en français et a fait des études de droit. 

Dommages et intérêts

Ouf, l’avocat Pierre-Henri Marteret, retenu par une autre affaire, arrive enfin. L’audience démarre, il plaide l’un après l’autre les trois dossiers. Pour chacun des trois travailleurs, l’avocat demande d’une part le rattrapage de tous les salaires non versés, d’autre part l’annulation du licenciement et enfin des dommages et intérêts pour ce licenciement abusif et pour le travail dissimulé. Au total, c’est près de 20 000 euros par individu qui sont réclamés. « Ce n’est pas négligeable », reconnait Samir, qui comme ses deux camarades vit toujours dans une certaine précarité.

Trouver un payeur

Mais à qui de payer ? L’entreprise Sécuri-Ouest a été liquidée judiciairement début 2010, ce qui a retardé la procédure. Dans cette affaire, les salariés se retrouvent donc face au mandataire liquidateur, dont l’avocate conteste point par point les accusations de manquement au code du travail. Elle martèle que « l’employeur ne connaissait pas la situation irrégulière de ses salariés » et qu’il les a licenciés « pour cause d' abandon de poste et non pour fait de grève ». En face des salariés, il y a aussi l'Association pour la gestion du régime de Garantie des créances des Salariés (AGS), organisme de solidarité financé par les cotisations des employeurs, mais si l’on écoute son avocate, il n’est pas prêt non plus à payer pour Sécuri-Ouest. Tous les regards et espoirs de l’accusation se tournent donc vers le « donneur d’ordres » du sous-traitant défaillant :  Leclerc-Paridis.

Pour l’exemple

La CGT ne veut pas lâcher cette occasion rare de mettre un donneur d’ordres devant ses responsabilités. « Au delà de la réparation des préjudices personnels, on veut que Leclerc Paridis serve d’exemple», explique Michel Benesteau, cégétiste qui a suivi de près les travailleurs sans-papiers depuis le début de leur lutte. « Il s’agit de mettre en exergue le phénomène de toutes ces grosses boîtes qui externalisent ce qu’elles ne veulent pas faire en terme de non respect du droit du travail », précise le syndicaliste. C’est pourquoi il a pris la parole pour indiquer au tribunal que, dans cette affaire, son organisation syndicale « se porte à la cause » pour défendre l’intérêt collectif des travailleurs, comme la loi l’y autorise. La CGT demande la condamnation solidaire de Sécuri-Ouest et de Leclerc, qui  aurait dû remplir ses obligations de contrôle de son prestataire.

Délibéré attendu

Pour Marie-Pascale Vallais, avocate du grand distributeur, cette question ne peut même pas être discutée car il manque un préalable juridique : « la garantie financière de Leclerc Paridis ne peut être recherchée car il n’y a pas eu de procès verbal de travail dissimulé dressé par l’inspection du travail contre Sécuri-Ouest. » Le tribunal des Prud’hommes rendra son délibéré dans quelques mois. « On verra bien à quoi on a droit. On espère », lâche avec prudence Balla, Centre-africain de 39 ans.  En attendant, lui travaille dans une déchetterie, Samir comme commercial et Bakary comme aide cuisinier, que « des boulots bien déclarés ».  Tous les trois ne veulent plus être étiquetés «travailleurs sans-papiers de Leclerc Paridis » mais aspirent à être simplement des travailleurs comme les autres.

Armandine Penna

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