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« J’incite toutes les personnes handicapées mentales à s’investir »
Publié le 01/06/2012
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entretien
Unapei
Handicap mental
Nous Aussi
Citoyenneté

L’Unapei tient son congrès* annuel à Saint-Brieuc (22) ce week-end autour des questions de citoyenneté des personnes handicapées mentales. Pour en parler, Le Canard Social a interrogé Cédric Mametz, président de l’association Nous Aussi, qui porte la voix des personnes handicapées intellectuelles. 



Cédric Mametz, président de l'association Nous Aussi, est lui-même en situation de handicap mental (Photo Nous Aussi).

Le Canard Social : Vous participez ce week-end au congrès annuel de l’Unapei. Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

Cédric Mametz : On attend que l’on se rende compte de l’importance des questions de citoyenneté qui concernent tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on est handicapé intellectuel qu’on ne peut pas avoir accès à la citoyenneté.

LCS : Quelle est votre conception de la citoyenneté ?

Cédric Mametz : La citoyenneté pour nous, c’est pouvoir participer à la vie de la cité et aux élections, pouvoir nous déplacer librement grâce à l’accessibilité des lieux, avoir accès au logement. On souhaite aussi avoir accès au travail sans discrimination : ce n’est pas parce qu’on a des difficultés qu’on ne peut pas travailler comme tout le monde. Et cela grâce à une adaptation des lieux ou un accompagnement humain avec des professionnels formés. On aimerait que les pouvoirs publics s’engagent en ce sens.

LCS : Que manque-t-il aujourd’hui pour que les personnes handicapées accèdent à une pleine citoyenneté ?

Cédric Mametz : Il faudrait une meilleure reconnaissance des personnes et un meilleur respect de la part de la société. Des lois ont fait avancer les choses. Mais tout le monde doit réellement prendre conscience que ce n’est pas parce qu’on a des difficultés qu’on n’a pas aussi des capacités à faire valoir.

LCS : Vous êtes président de Nous Aussi depuis 2006, quel est l’objectif de l’association ?

Cédric Mametz : L’association a été créée en 2002 pour avoir un porte-parole de toutes les personnes handicapées intellectuelles et de faire en sorte qu’elles ne soient plus exclues des décisions qui les concernent. L’association est composée uniquement de personnes handicapées intellectuelles. Elle compte aujourd’hui 250 adhérents et 18 délégations locales. J’incite vraiment toutes les personnes handicapées mentales à s’investir, à s’engager pour une meilleure tolérance et un meilleur respect à leur égard.

LCS : À titre personnel, qu’est-ce qui vous a amené à vous engager ?

Cédric Mametz : J’ai toujours voulu m’investir, donner tout ce que je peux pour représenter au mieux les personnes handicapées. C’est dans ma nature de parler pour nous, pas seulement pour moi. Et c’est aussi lié aux valeurs que m’ont transmises mes parents.

LCS : Quel regard portez-vous sur les associations de parents ? Parlent-elles trop souvent à votre place ?

Cédric Mametz : Non, les associations parentales sont indispensables pour nous donner un coup de main et je les remercie du fond du cœur de se battre pour nous depuis 50 ans. En 2002, lorsque Nous Aussi s’est créée, on a voulu s’investir et dire ce qu’il fallait pour notre bien, notre confort et nos intérêts. Cela n’a pas été facile au départ : les parents n’y croyaient pas trop. Au fil du temps, on a su convaincre les associations parentales qu’on pouvait être à leur côté. Aujourd’hui, on n’est pas concurrent, mais on est partenaire et on travaille main dans la main.

LCS : Et du côté des politiques, vous sentez vous écoutés ?

Cédric Mametz : Ça commence. Les délégations locales de l’association Nous Aussi sont de plus en plus sollicités par les mairies et les conseils généraux. Mais, on en a eu la preuve avec la campagne présidentielle, on est encore peu entendu sur ce qu’on voudrait mettre en place.

LCS : L’institution est-elle, selon vous, un frein pour accéder à la citoyenneté ?

Cédric Mametz : J’ai moi-même fréquenté un foyer d’hébergement à Lens. Et je peux dire que cela m’a donné la possibilité d’acquérir mon autonomie. Ce n’a pas été un frein pour moi. Au contraire, ça a été une chance. J’ai pu apprendre à gérer les choses de la vie quotidienne (les repas, le ménage, la sécurité, etc.). Aujourd’hui, je travaille en ESAT, dans le secteur de la métallurgie. J’aimerais avoir un travail en milieu ouvert qui prenne en compte mes difficultés. Et j’y mets tout mon cœur.

Propos recueillis par David Prochasson

*Les tables rondes de ce samedi 2 juin sont retransmises en direct sur le site de l’Unapei.

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