S'identifier


Mot de pase oublié ?
s'abonner
Professionnels, structures, particuliers
Abonnez-vous!
Du Kosovo aux bords de Loire,
en quête d’une vie meilleure
Publié le 20/07/2012
partage

tags
reportage
rom
Nantes
Asile
Kosovo
Grand Port Maritime

Leur présence est discrète. Et jusque là, elle ne semblait déranger personne. Nazmije et Sead, un couple de Roms d’origine kosovare, a trouvé refuge à Nantes il y a deux ans sur un bout de quai abandonné, à l’abri des regards. Aujourd’hui, le Grand Port Maritime demande l’évacuation du terrain qu’ils occupent illégalement avec une famille roumaine. Le tribunal devra se prononcer ce lundi 23 juillet.



Deux ans après son installation sur un quai de Loire à Nantes, Nazmije, Rom d'origine kosovare, risque d'être expulsé du terrain (photo: D. Prochasson).

Nazmije et Sead n’ont que la cinquantaine. Et pourtant, l’usure du temps a laissé son empreinte sur les corps. Originaires du Kosovo, ils ont fui la guerre en 1999. D’abord pour des pays frontaliers, la Macédoine, le Monténégro. Ensuite vers la France où ils ont débarqué en 2003, du côté de Montauban. L’expérience aura été brève : un an, le temps de faire une demande d’asile, qui sera refusée, et de repartir au pays. « On avait entendu que ça s’était calmé », explique Nazmije, mère de trois enfants.

L’espoir n’aura pas duré. Pris entre les feux des nationalistes albanais et serbes, ce couple rom a continué à subir les discriminations des deux communautés. Retour en France. À Nantes, cette fois. C’est là, sur un bout de quai abandonné, cachés derrière une ancienne fabrique à glace, qu’ils ont trouvé refuge. Depuis deux ans, ils occupent un abri de fortune, construit à la hâte. Du ciment au sol et quelques planches de bois font office de lieu de vie. La nuit, ils dorment dans une caravane attenante.

Pas de places d’hébergement

Même avant d’être débouté de sa demande d’asile, en 2004, le couple n’a jamais été pris en charge dans le dispositif d’hébergement de l’État. « En 2010, on a eu une seule fois une place via le 115, explique Nazmije. C’est tout. » La femme parle mal le français, c’est une jeune fille de la famille, de passage sur le terrain, qui traduit ses propos. Ses parents à elle ont obtenu un logement social. Nazmije n’attend que ça : « Si je savais mieux parler le français, j’irais voir le maire et le préfet pour les supplier de nous donner un appartement. On a fui la guerre et la terreur, on est venu pour vivre mieux et là, on vit comme des chiens. »

Depuis quatre mois, le couple ne reçoit plus aucune allocation. Il glane des fruits et légumes au MIN, passe aux Restos du cœur une fois tous les quinze jours et bénéficie de l’entraide de ses voisins. À quelques pas de leur habitation, c’est une famille roumaine qui partage le quai, en compagnon de galère. Les deux familles ne parlent pas la même langue mais elles ont appris à communiquer et à s’entraider : « Ils nous donnent à manger et quand quelque chose manque, on leur demande. On s’aide beaucoup entre nous. »

Une demande de séjour pour raisons de santé

Avant la guerre, Nazmije et Sead était propriétaire d’une boutique de chaussures de sport. « Ça marchait bien, assure la femme. Pendant la guerre, mes frères et sœurs ont été tués, nos maisons et notre boutique brûlées. Je n’ai plus rien aujourd’hui au Kosovo. » La vie de Nazmije et Sead est ici, à Nantes, où résident leurs deux fils. Débouté de leur demande d’asile, le couple a déposé un recours en 2010 devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Recours rejeté, une fois encore. Aujourd’hui, Nazmije et Sead demandent un titre de séjour pour raisons de santé. Lui, fait du diabète, elle, a des problèmes de cœur et de tension. Hors de question de repartir au Kosovo. « Peu importe ce que l’on nous donnera, on veut juste vivre en sécurité à côté de nos enfants. »

Lundi 23 juillet, le tribunal de Nantes devra statuer sur la plainte du Grand Port Maritime. Le propriétaire du quai que le couple occupe illégalement demande leur expulsion. Leur avocate espère obtenir un délai d’un an. S’ils doivent partir, ces Roms seront contraints d’abandonner une fois de plus ce qui leur sert de maison.

David Prochasson

newsletter
facebook