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Des encombrants, objets
de lien social et d’insertion
Publié le 25/07/2012
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reportage
insertion
Nantes
Atlantique Habitations
Océan

L’initiative est, selon ses instigateurs, unique en France. Et tant qu’à faire, ils aimeraient qu’elle ne le reste pas. Pour sensibiliser les habitants des quartiers à la gestion des encombrants, le bailleur social Atlantique Habitations s’est rapproché de l’association d’insertion Océan. Sur les rails depuis trois mois, le projet mobilise cinq allocataires du RSA. Des salariés ambassadeurs du mieux vivre ensemble dans leur propre quartier.



L'équipe des Encombrants solidaires sensibilise les habitants des quartiers Bellevue, à Nantes, à la gestion des déchets (Photos D. Prochasson).

Un vieux canapé abandonné, des meubles décrépis, des photos de familles. Dans cette HLM du quartier Bellevue à Saint-Herblain (44), les caves recèlent quantité d’encombrants, parfois de simples poubelles jetées à même le sol, à quelques mètres des containers, souvent des déchets plus volumineux. « On ne veut pas les enlever à la place des habitants, explique Didier Gendron, directeur des relations clients à Atlantique Habitations. On veut trouver une méthode plus pédagogique pour faire disparaître ces encombrants. »

Se sentir mieux dans le quartier

Trouver des réponses aux incivilités. D’une question initiale, Atlantique Habitations a fait coup double. Non seulement, son projet « Encombrants solidaires » a vocation à sensibiliser les habitants à la gestion des encombrants mais en plus il implique certains d’entre eux, en difficulté sociale, dans un programme d’insertion. Depuis le mois d’avril, six personnes, dont une coordinatrice, ont ainsi été recrutées pour des contrats de 8 heures hebdomadaires.

À la manœuvre : l’association Océan, des professionnels de l’insertion. « Il y a dans certaines villes, des associations d’insertion qui récupèrent ces encombrants. Là, ce qui est innovant, c’est de traiter tout ensemble, le ramassage, le tri et la déchetterie, depuis l’appartement des habitants », explique Pascal Gomez, directeur d’Océan. L’objectif est double : « On souhaite que les habitants se sentent mieux dans le quartier tout en accompagnant des personnes vers l’emploi. »


« Je me sens utile » 

Vêtus d’un tee-shirt floqué aux couleurs des Encombrants solidaires, à la manière d’une équipe de foot, les salariés cultivent une certaine fierté d’appartenir au groupe : « Les gens nous disent : “c’est bien ce que vous faites”, confie Azzedine. Je vous parle avec le cœur, je me sens utile. »

Son collègue, Alexandre, 20 ans, a signé un contrat de six mois renouvelables. Après avoir raté son diplôme de paysagiste, il est au chômage depuis un an, sans guère de perspectives. « Mes collègues, eux, ils ont une expérience de l’emploi et ils ne trouvent pas de boulot. Alors, pourquoi moi j’en aurai un ? », demande-t-il. Avec Océan, le jeune homme a signé un contrat de six mois renouvelable une fois. Il va pouvoir construire un parcours de formation ou bénéficier du réseau d’entreprises de l’association.

Porte à porte

Dans un premier temps, l’équipe débarrasse les caves et stockent les trouvailles qui pourront être valorisées dans quelques entrepôts. Des vélos cabossés, des meubles, des jeux pour la plupart. Des associations d’insertion comme Envie 44, L’Homme debout, Atao ou Arbres récupéreront ces objets pour leur donner une seconde vie éventuelle. « Pour le moment, on discute pour être identifié sur le quartier comme les personnes ressources », explique Johanna, coordinatrice de l’équipe.

Dans un second temps, à la rentrée, les salariés débuteront le porte à porte auprès de plus de 500 logements d’Atlantique Habitations. Avec leurs atouts : « On connaît très bien le quartier, on crée du lien social facilement », explique Azzedine, 43 ans, un des cinq salariés de l’opération.

Environnement solidaire

En phase de construction, le dispositif pourrait ensuite évoluer au gré des réflexions des salariés. « On a prévu des réunions au pied des immeubles, le matin avec des croissants par exemple, pour que les gens se rencontrent, précise Didier Gendron. Dans une deuxième phase, on voudrait développer une sensibilisation aux éco-gestes. » D’« Encombrants solidaires », l’opération, financée pour les deux années à venir par l’État, la Ville de Saint-Herblain et le Fonds d’innovation sociale, pourrait alors s’intituler en 2013 « Environnement solidaire » et porter une réflexion globale sur les énergies et ses économies.

Dans un an, Atlantique Habitations et Océan dresseront le bilan de l’opération. Une fois le projet pérennisé, les acteurs espèrent associer d’autres bailleurs sociaux. Pour le moment, seuls les locataires d’Atlantique Habitations bénéficient du projet. « On aimerait étendre le dispositif à tous les bailleurs de Nantes Métropole et in fine, de France », se projette Didier Gendron.

8 heures… seulement

Reste le temps imparti pour mener cette mission : 8 heures par semaine, cela ressemble au Contrat unique d’insertion (CUI) de 7 heures vilipendé, notamment, par les élus socialistes du Département. « 8 heures, c’est pas suffisant, reconnaît Pascal Gomez. Mais tout dépend de l’objectif. Là, on est sur une mission citoyenne de quartier. 8 heures, ça permet déjà de reprendre un rythme, de se faire un réseau. Et c’est un début, l’idéal serait d’avoir plus de travail et plus d’occupation. » Un vœu que les salariés ont eux aussi exprimés.

David Prochasson

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