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Rezé refuse toute solution
aux Roms « repérés » par la police
Publié le 12/09/2012
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Actualité
rom
Rezé
Nantes Métropole
Aide au retour

Alors que les ministres de l’Intérieur et des Affaires européennes, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, se rendent ce mercredi en Roumanie, Gilles Retière a reçu la presse hier pour évoquer son propre déplacement, dans l’ouest du pays. Au passage, le président de Nantes Métropole et maire de Rezé, a précisé la politique qu’il entend mener envers les Roms sur sa commune et dans l’agglomération.



Gilles Retière, le maire de Rezé et président de Nantes Métropole, mardi 11 septembre, à la mairie de Rezé (Photo D. Prochasson).

Les raisons du voyage

Gilles Retière ne s’était pas exprimé publiquement sur la question des Roms depuis plus d’un an. Il aura fallu un déplacement en Roumanie, du 28 au 31 août pour qu’il prenne la parole. Invité dans le cadre du jumelage entre Rezé et la ville d’Ineu, dans l’ouest du pays, l’élu a fait le point sur la situation des Roms en Roumanie. « J’ai voulu vérifier que ma perception était la bonne : aucun d’entre eux ne vit en caravane », a souligné Gilles Retière qui a visité le quartier rom de la ville. Lors de ce déplacement, le maire a également souhaité s’entretenir avec les autorités locales : « J’ai voulu leur rappeler que ce n’était pas seulement notre problème mais aussi le leur. »

Que retient-il ?

Pour le maire de Rezé, « il y a Rom et Rom : ceux ici et ceux là-bas. À Ineu, c’est propre, personne n’est en caravane. Les parcelles sur lesquelles ils sont installés ne leur appartiennent pas mais la mairie officialise leur occupation. A priori, ils n’ont pas de difficulté à trouver un emploi. » Une situation bien différente du sud du pays, d’où sont originaires les Roms de l’agglo nantaise. Ce que reconnaît Gilles Retière : « Il y a là un niveau de sous-développement qui n’est pas spécifique aux Tsiganes mais à l’ensemble de la population. » Concernant les relations des autorités roumaines avec l’Union européenne, le maire de Rezé juge qu’elles « consomment peu et mal les crédits européens : il y a du détournement dans l’air ».

Une coopération… pas avant 2013

Pour leur faire part de ces constats, le président de Nantes Métropole annonce qu’il rencontrera les maires de l’agglomération. « Je leur demanderai pour ceux qui ont des jumelages avec des villes roumaines d’en discuter avec leurs homologues. » Avant d’envisager un accompagnement en France, Gilles Retière plaide pour une coopération renforcée avec la Roumanie. « Il doit y avoir une collaboration par exemple avec des policiers roumains. À Rezé, il y a actuellement quatre camps et des personnes qui sont bien répertoriées par la police. Ce sont des problèmes à régler avec les Roumains. » Cette coopération ne devrait cependant pas voir le jour avant les élections législatives du 9 décembre, censées mettre un terme aux rivalités entre le président roumain et son premier ministre. « On nous a dit de ne pas revenir avant cette date. J’attends un meilleur diagnostic de la situation locale. On ne se précipitera donc pas », affirme Gilles Retière qui pose un préalable à tout projet en Roumanie : « Il faudra des autorités locales volontaires. »


Chez une famille rom à Ineu, ville de 10 000 habitants à l'ouest du pays (photo Ville Rezé).

Quel avenir pour le dispositif d’aide au retour ?

Jusqu’à présent, Nantes Métropole s’était engagé dans un projet de coopération décentralisée. Le dispositif d’aide au retour consistait à créer, pour les personnes volontaires, les conditions d’une réinsertion dans le pays d’accueil. Gilles Retière affirme qu’il va le « confirmer ». L’association Une Famille, un toit devrait être reconduite dans ses missions de coordination. S’il ne veut pas parler « d’échec » de la mission, Gilles Retière considère que cette coopération nécessite des « ajustements ».

« Doter une personne d'un tracteur n'est peut être pas une bonne solution. Mieux vaut équiper une communauté. »

Quel rôle pour Nantes Métropole ?

« Nantes Métropole n’a pas compétence » pour agir sur l’accompagnement des Roms dans l’agglomération. « Chaque maire décide sur son territoire », a rappelé l’élu. Gilles Retière a assuré que Nantes Métropole devrait continuer à apporter une aide aux communes qui s’engagent dans l’accompagnement des familles. Il a par ailleurs souligné que Dominique Raimbourg, député de la circonscription rezéenne et conseiller communautaire en charge du dossier rom, ne mènera pas de coordination des politiques. « Je n’ai pas l’intention de lui demander de faire une coordination sur l’espace nantais mais sur l’espace roumain. »

Quelle politique à Rezé ?

Gilles Retière l’a réaffirmé : il continuera à demander l’évacuation des terrains appartenant à la commune et occupés illégalement : « Je ne désire pas implanter de camps permanents, ni laisser à mes successeurs des camps ingérables. Je ne veux pas concentrer les Roms dans quoi que ce soit. S’il y a des solutions, il s’agira de relogement en appartement ou en maison. » Selon Gilles Retière, ses services sont en contact avec certaines familles pour envisager un relogement. « Il y a également des familles venues en France pour des maladies graves qui nécessitent des soins. Il faut trouver des solutions. »

Pas de solutions pour les personnes « repérées »

Ces solutions alternatives à l’expulsion, réclamées par le gouvernement Ayrault, ne s’adresseront toutefois pas à tous les Roms de Rezé. « Moi, je ferai la différence avec certaines familles, a déclaré Gilles Retière. Je n’aurai aucune solution pour ceux qui sont repérés par la police. » Qu’il s’agisse de personnes simplement connues des services de police ou condamnées par la justice, Gilles Retière ne veut pas faire de différence. « Demandez à la justice pourquoi ils ne regardent pas la situation de ces personnes ! », répond l’élu qui considère que sur certains campements, « ces personnes “repérées” représentent 50% de la population, sur d’autres, c’est 100% ». 

Pour Jacques Veve, militant de l’association rezéenne Ame Sam et du collectif Romeurope, qui réagit à ces propos, Gilles Retière s’exonère du droit commun. « S’il y a des fautes constatées, il y a des sanctions prévues par le droit français. Là, on invente un droit intermédiaire pour sanctionner des gens qui ne se sont pas bien comportés sans pour autant que les faits qui leur sont reprochés n’ait été punis par la justice. » Pour ce militant, tous les prétextes seront alors bon pour refuser d’accompagner une personne. « Un individu interpelé par la police pour des faits de mendicité sera-t-il concerné ?, demande-t-il. On est dans le fait du prince : c’est le maire qui fera la justice lui-même. »

Que deviendront alors ces personnes « repérées » par la police ? Gilles Retière préfère évacuer le problème : « Ils partent ailleurs. »

David Prochasson

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