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Suicide des personnes âgées : «Prendre au sérieux la montée du désespoir»
Publié le 14/09/2012
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entretien
Personnes âgées
suicide
isolement
dépression
lutte
prévention

Un plan de lutte contre le suicide des personnes âgées vient d’être annoncé par le ministère en charge des personnes âgées et de l’autonomie. Si le phénomène devient un sujet d’actualité, il n’a rien de nouveau. Martine Métivier, directrice du centre social spécialisé Recherche et rencontres de Nantes, nous explique comment son équipe travaille depuis des années pour prévenir le suicide des plus âgés d’entre nous.

Au centre social spécialisé Recherche et rencontres de Nantes, Martine Métivier et son équipe de travailleurs sociaux et psychologues, travaillent depuis des années à la prévention du suicide, notamment auprès des personnes âgées.

Le Canard social : Ces temps-ci, on parle beaucoup du suicide des personnes âgées…

Martine Métivier : Je trouve plutôt bien que ce problème réel vienne à être plus visible. J’étais choquée, ces années passées, du silence qui entoure le suicide des personnes âgées. Celui des jeunes, on en parle beaucoup. Quand je rencontre des groupes sur le thème du suicide, tout le monde pense que ce sont eux qui décèdent le plus ainsi. C’est un biais statistique. On entend que le suicide est une des premières causes de mortalité des jeunes avec les accidents de la route, c’est vrai. Mais ça ne veut pas dire pour autant que ce sont eux qui décèdent le plus par suicide.

En réalité, plus on avance dans la vie et plus le nombre de suicide augmente. La courbe est presque en ligne droite. Les chiffres officiels du moment annoncent que 30 % des personnes qui se suicident en France ont plus de 65 ans. Pour moi c’est probablement sous évalué, la sur-prise de médicaments étant souvent considérée comme une erreur alors qu’elle peut être volontaire.

LCS : La société se sent plus concernée par le suicide des jeunes ? 

Martine Métivier : En effet, la société est plus choquée par la perte d’avenir pour de jeunes gens : cela est vécu comme un coût et une violence. C’est insupportable pour la famille et l’onde de choc touche beaucoup de gens autour.

Alors que le suicide d’une personne âgée n’est souvent connu que par une dizaine de personnes au plus. Ça amène une compréhension et une compassion, ça paraît presque normal et acceptable. C’est occulter la souffrance des gens !

LCS : Et quelles sont ces souffrances qui poussent les personnes âgées à des actes aussi désespérés ?

Martine Métivier : La sensation d’isolement, le ressenti de rupture des liens et de la communication, la descente dépressive. Les limites physiques apparaissent acceptables si elles sont accompagnées. Ce ne sont pas les gens les plus malades qui se donnent la mort mais ceux qui supportent le plus mal les étapes de leur vieillissement. Et là, la société à sa part de responsabilité : elle ne valorise pas le vieillissement.

LCS : Que peut-on faire pour éviter le pire ?

Martine Métivier : D’abord, il faut savoir que contrairement à ce que l’on pense, la plupart du temps, ce n’est pas si difficile d’accompagner quelqu’un pour le faire sortir de sa désespérance. Ce n’est pas du tout irréversible. Même si c’est difficile à entendre par la personne proche de quelqu’un qui est allé jusqu’au bout…

Pour les personnes âgées, les actions de prévention doivent être pensées très en amont des risques suicidaires : il faut repérer les replis dépressifs, les signes au niveau du sommeil, de l’alimentation et de l’hygiène, ce qui rejoint la prévention santé. Et au niveau de la lutte contre l’isolement, il ne s’agit pas  seulement de savoir si la personne est seule mais comment elle vit sa situation. Car l’isolement est très subjectif, nous n’avons pas tous les mêmes attentes relationnelles.

LCS : Comment votre centre social spécialisé travaille concrètement dans ce sens ?

Martine Métivier : Ce que nous on peut faire, c’est proposer à l’entourage familial, professionnel et bénévole d’être mieux formé au repérage de ces signes dépressifs et suicidaires. Les aider à prendre au sérieux la montée du désespoir. Nous rencontrons notamment des groupes de professionnels et travaillons à partir des situations qu’ils vivent. Par exemple, une aide à domicile a souvent le réflexe de positiver en disant : « Allez, allez, arrêtez vos idées noires ». C’est une forme de banalisation. Il faut au contraire prendre en considération ce que dit la personne et vérifier si elle pense au suicide. Cela permet d’alerter et de prévenir.

Nous intervenons aussi sur le thème du mal-être auprès de groupe de personnes âgées dans le cadre d’actions mis en place avec les CCAS, les Clics ou des lieux de loisirs. On n’hésite pas alors à prononcer le mot « suicide »… partant du principe qu’on ne donne pas envie de se suicider à quelqu’un qui n’y pense pas, mais qu’on peut soulager quelqu’un en comprenant qu’il va si mal.

L’autre levier sur lequel nous travaillons est la prévention de l’isolement.  On participe en tant que spécialistes à des actions de réflexion et de mise en réseau au niveau des quartiers.

LCS : Michèle Delaunay, ministre en charge des personnes âgées, a annoncé cette semaine un plan de lutte, avec des mesures en faveur de la formation des professionnels de l’aide à domicile, de la sensibilisation du grand public et de la mise en réseau des acteurs de la lute contre l’isolement. Finalement, c’est ce que vous faites déjà !

Martine Métivier : Peut-être, mais le fait que les pouvoirs publics prennent plus en compte ce problème va permettre une plus grande visibilité et des financements. Ce qu’on fait, on le fait à trop petite échelle. Une sensibilisation peut entrainer la prise de conscience de structures avec qui nous pourrions travailler.

Propos recueillis par Armandine Penna

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