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Dominique Raimbourg : « Il faut élargir nos actions en Roumanie »
Publié le 18/09/2012
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rom
Raimbourg
Roumanie
Aide au retour

En charge du dispositif d’aide au retour à Nantes Métropole, Dominique Raimbourg était en Roumanie les 12 et 13 septembre dernier pour accompagner les ministres de l’Intérieur, Manuel Valls, et des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve. Le député PS de Loire-Atlantique revient sur les difficultés de la coopération entre la France et la Roumanie et sur l'avenir de la politique menée dans l’agglomération nantaise.


Dominique Raimbourg, député de la 4e circonscription de Loire-Atlantique, en visite auprès des Roms, sur un terrain de l'agglomération nantaise (Photos archives LCS/A. Penna).

Le Canard Social : À quel titre et pour quelles raisons avez-vous accompagné Manuel Valls et Bernard Cazeneuve en Roumanie ?

Dominique Raimbourg : J’étais un parlementaire (le seul, NDLR) qui accompagnait le ministre. J’étais intervenu à plusieurs reprises auprès de Manuel Valls pour demander de lever les restrictions sur le travail. Quand le déplacement a été fixé, on m’a demandé d’accompagner la délégation présente en Roumanie.

LCS : Qu’avez-vous constaté sur place ?

Dominique Raimbourg : La Roumanie n’a pas réussi à dépenser les fonds européens alloués pour aider la minorité rom. À la fois parce que les dossiers de demande sont difficiles à monter pour des autorités roumaines qui n’ont ni la culture ni le savoir-faire des administrations décentralisées selon les standards européens. Mais aussi parce que les autorités ont des difficultés à trouver les projets à financer. Cela agace particulièrement l’Europe qui menace de couper les fonds à partir d’octobre. C’est la raison pour laquelle Bernard Cazeneuve, le ministre aux Affaires européennes, doit faire des démarches pour que ces fonds soient maintenus. Par ailleurs, l’instabilité politique du pays, après la crise ouverte entre le Premier ministre et son Président, ne rend pas les choses faciles.

LCS : Que peut faire la France ?

Dominique Raimbourg : La France a signé un accord avec le gouvernement roumain pour débloquer 80 projets (de réinsertion dans le pays d’origine, NDLR) soutenus par les collectivités locales françaises. Jusqu’ici, il manquait un accord pour encadrer ce type de coopération, par exemple pour les contrats d’aide au retour nantais. J’ai soumis l’idée à Bernard Cazeneuve que ce soit les collectivités locales françaises qui touchent les fonds dans le cadre de ces projets et les reversent au pays d’origine des Roms. A priori, la règle européenne l’interdit. À la France de plaider pour cette solution.

LCS : Qu’en est-il du dispositif d’aide au retour mis en place par Nantes Métropole ?

Dominique Raimbourg : En avril 2012, on a été confronté à une difficulté au moment de signer une convention entre Nantes Métropole et l’antenne de l’Ofii (l’Office français de l’immigration et de l’intégration, NDLR) à Bucarest. L’accord n’a jamais été signé parce qu’il nécessitait une coopération décentralisée et non une aide individualisée. Or, la coopération décentralisée n’est pas possible avec un pays  d’Europe. Il faut trouver le moyen d’en faire comme on en fait avec les pays du sud.

LCS : Le dispositif, qui n’avait donc pas fait l’objet d’un accord formel, nécessite-t-il des ajustements ?

Dominique Raimbourg : L’opérateur du dispositif, Une Famille, Un Toit, a constaté un ressentiment des populations en Roumanie à l’égard de ceux qui ont bénéficié de l’aide individuelle. Pour l’association, il fallait aller au-delà. Les négociations autour d’une aide pour l’achat d’un tracteur ont été emblématiques. Une personne était chargée de ramener ce tracteur acheté d’occasion en France pour les besoins d’une coopérative, elle a considéré qu’il lui appartenait plus qu’aux autres une fois arrivée en Roumanie. C’est difficile à organiser : il faut élargir nos actions sur place et considérer l’aide au retour comme un dispositif qui financerait des projets collectifs.

LCS : Quel bilan faites-vous de ce dispositif lancé il y a deux ans ?

Dominique Raimbourg : On a tâtonné au début. Depuis, une dizaine de personnes ont bénéficié du dispositif. Pour chacun, il y a eu un projet de réinsertion, qu’il s’agisse d’installer une laverie, d’apporter un coup de main pour une maison ou de matériel médical pour un cabinet très rudimentaire. Et ce qu’on constate, à l’inverse de ce qu’on pourrait penser, c’est que ce sont les personnes les plus intégrées qui émettent le désir de rentrer. Ceux qui touchent un Smic, une fois qu’ils doivent payer un loyer, il ne leur reste pas grand chose. C’est plus intéressant de rentrer chez eux.

LCS : Gilles Retière, le président de Nantes Métropole, considère que la communauté urbaine n’a pas compétence à intervenir sur la question rom. Êtes-vous d’accord avec lui ?

Dominique Raimbourg : Il a raison. C’est vrai. Le stationnement revient au pouvoir de police des maires. Sur les aides sociales, c’est le Conseil général qui a monté et financé la permanence Chaptal. La coopération pour aider en Roumanie a été montée par raccroc mais il ne revient pas forcément à Nantes Métropole de la mener. Et lorsqu’elle intervient pour demander des expulsions, elle le fait comme tout propriétaire qui a la gestion de son terrain.

LCS : Est-ce une solution de continuer à demander des expulsions si l’on veut stabiliser les familles ?

Dominique Raimbourg : Je ne suis pas favorable au fait de laisser s’installer trop longtemps les familles. Cela crée des communautés. Après, il est vrai qu’il est difficile de continuer à demander des expulsions si on veut les accompagner. Les efforts d’intégration sont très lourds, il faut aider à trouver du travail. C’est évidemment difficile mais c’est aussi possible. À chaque commune de voir ce qu’elle peut faire, chacune peut prendre un peu. Ce qui s’est fait à Indre est exemplaire à ce titre.

Le problème avec l’idée d’intégrer, c’est qu’il viendra toujours d’autres personnes. Quitte à ce que celles-ci se découragent au bout du processus : cela nécessite de tels efforts que certains se décourageront avant la fin. D’autant plus que pour beaucoup, ils partent avec l’idée de revenir un jour au pays.

LCS : Quelles solutions peut-on alors préconiser ?

Dominique Raimbourg : Il faut intégrer sans trop en parler. Il faut surveiller les sites pour vérifier que ce sont toujours les mêmes personnes qui les occupent. Et travailler sur la coopération avec la Roumanie. Gilles Retière m’a confirmé que je continuerais à coordonner la mission de coopération au niveau de Nantes Métropole.

Propos recueillis par David Prochasson

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